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Négocier d’égal à égal
Par R.S. Clark & Jack
Ostroff
Illustration : Brian Cronin
Trop d’entreprises ne se
préoccupent pas de leurs frais bancaires et négligent de les négocier. Elles y perdent ainsi au change.
Don Smith, chef des
finances d’une moyenne entreprise canadienne, rapporte de bonnes nouvelles d’une réunion avec les banquiers
de l’entreprise. Ayant voulu négocier la ligne de crédit dont l’entreprise avait tant besoin, il a obtenu de
la banque qu’elle assouplisse les clauses restrictives. Mais cela ne satisfait pas Lynn Jones, la nouvelle
PDG de l’entreprise, qui en est à ses premières négociations avec les banques. Pour elle, les lignes de
crédit et les clauses restrictives ne sont qu’un début. Les contrats de services bancaires ont des
conséquences coûteuses et Lynn Jones voudrait qu’elles soient gérées.
Voici les questions posées par Lynn Jones sur la tarification des services bancaires: «Comment savez-vous
si les frais qu’on nous propose sont concurrentiels? Notre base de tarification a été établie il y a des
années, quand l’entreprise était plus petite et nettement moins rentable qu’aujourd’hui. Étant donné nos
résultats et nos volumes actuels, ne devrions-nous pas bénéficier de réductions de prix?» Et aussi : «Si nous
refixons notre base de tarification, nous visons un rendement sur plusieurs années. Pourquoi ne classons-nous
pas les économies réalisées sur les coûts bancaires comme une occasion de valeur pour les actionnaires? Un
nouvel examen des tarifs bancaires peut rapporter au moins dix fois plus que les économies réalisées sur une
année.»
Plus elle réfléchit aux tarifs bancaires, plus elle durcit le ton : «Les banques sont des fournisseurs.
Pourquoi devrions-nous leur accorder un traitement différent? Vous insistez pour que nous allions en appel
d’offres pour la plupart de nos contrats. La majorité de ces appels d'offres prévoient un tarif cible.
Qu’est-ce que les banques ont de si particulier? Notre santé financière est bonne. Pourquoi n’irions-nous pas
en appel d’offres pour services bancaires?»
Don Smith pousse un soupir. Il s’est déjà posé toutes ces questions. Si seulement il avait les
réponses...
Bien entendu, Smith et Jones sont des pseudonymes, mais il s’agit d’une situation courante. Un grand
nombre d’entreprises ne gèrent pas leurs frais bancaires, et rares sont les chefs des finances qui prennent
le temps de monter des dossiers de négociation des frais. Lorsqu’il s’agit de tarifs bancaires, la plupart
des entreprises ne récoltent que ce qu’elles ont semé. Dans la plupart des cas, les frais bancaires sont une
source de valeur inexploitée. Pour dégager des économies, il faut une stratégie et un outil. La stratégie
consiste en une négociation basée sur les intérêts communs et l’outil consiste en l’analyse comparative.
L’avantage de négociation des banques
Les entreprises payent un grand nombre de frais bancaires. Les renouvellements des contrats de services
bancaires portent habituellement sur les frais liés à la facilité de crédit, à la ligne de crédit
d’exploitation, à la gestion du compte courant, à la gestion de lencaisse, aux dispositions concernant la
compensation des intérêts ainsi qu’aux remises sur cartes de crédit et de débit. Lors du renouvellement des
contrats, le nombre de frais pour lesquels il faut négocier est impressionnant.
Les banques misent sur leur force de négociation et elles ont de nombreuses cartes maîtresses en main.
Elles profitent d’avantages structurels qui font pencher la balance en leur faveur.
En premier lieu, les banques sont à l’abri des pressions des tarifs, fréquentes au chapitre des relations
avec d’autres fournisseurs. Les entreprises qui effectuent un appel d’offres pour leurs services bancaires ne
sont pas légion. Quand elles en font, elles incluent rarement une tarification cible, pratique pourtant
reconnue dans la plupart des autres types de contrats. Peu menacés par leurs rivaux, les banquiers n’ont pas
à se livrer à des guerres de prix pour attirer des clients.
Deuxièmement, les banquiers sont passés maîtres dans l’art de la constitution de forfaits. Ils savent que
les frais sont rarement une pierre d’achoppement des négociations sur le crédit. Les frais bancaires sont
donc commercialisés comme un élément du coût d'obtention du crédit. Les dirigeants financiers et leurs
conseillers, qu’ils soient comptables agréés ou avocats, demandent rarement des comptes aux banques sur cette
pratique. La constitution de forfaits établit des règles procurant aux banques un autre avantage à la table
de négociation.
Les banques ont un troisième atout dans leur manche : elles exercent leurs activités dans un secteur où le
changement de fournisseur n'est pas sans difficulté. Les contrats de services bancaires sont difficiles à
résilier. Peu d’entreprises estiment que les économies réalisées sur les coûts d’emprunt et les frais
bancaires justifient les tracas causés par un changement de banque. Cette inertie favorise le statu quo et
avantage les banques.
La motivation et l’expertise constituent aussi un autre avantage pour les banques. Les coûts d’emprunt et
les frais de gestion sont un élément important du modèle de profit des banques. Elles prennent donc au
sérieux les négociations de renouvellement de contrats et connaissent les besoins et limites des entreprises
en matière de crédit, tout comme la concurrence, la leur et celle des entreprises. Très au fait du marché,
elles maîtrisent l’art d’équilibrer les rendements sur une vaste gamme de produits et services. Un grand
nombre d'entreprises ont les connaissances voulues pour négocier des conditions favorables dans certains
secteurs, mais peu sont suffisamment expertes dans tous les secteurs. Quand il s’agit de négocier leur
rémunération, les banquiers comprennent vite.
Ils tirent leur dernier avantage d’une source inattendue : leurs clients. En fait, la gestion des frais
bancaires n’est pas une priorité pour la plupart des entreprises. Celles-ci se préoccupent essentiellement de
la disponibilité du crédit et les banques tirent avantage de cette myopie. Pour nombre d’entreprises, les
frais bancaires sont un coût non géré et les banques l’emportent souvent dans les négociations.
Gestion des frais bancaires
Les dirigeants financiers ne se soucient pas davantage des frais bancaires parce qu’ils manquent de formation
en la matière. Les cours en finance et les programmes de perfectionnement professionnel en comptabilité ne
traitent pas de ce sujet. S’il existe de nombreuses études sur les tarifs bancaires offerts aux particuliers,
il y en a peu sur la façon dont les banques tarifient les produits et services aux entreprises.
L’apprentissage de la gestion des tarifs bancaires se fait à la table des négociations. Les dirigeants
financiers se considérant comme des spécialistes des services bancaires sont en fait des autodidactes. Pour
la plupart, ils ont appris sur le tas et «à la dure».
La négociation avec les banques est un art difficile à acquérir. De nombreux chefs des finances font leurs
premières armes dans de petites entreprises. La tarification des services bancaires n’est pas pour eux un
domaine d’expertise ni une priorité et ils sont embauchés pour imposer une discipline financière. De plus, le
dirigeant financier n’est souvent pas le principal négociateur. Lorsque les services bancaires ont une grande
importance stratégique, le PDG ou le propriétaire s’en chargent directement. Dans bien des cas, l’opportunité
d'apprentissage laisse à désirer. Trop souvent, l’apprenti est mieux équipé que le maître pour diriger les
négociations.
Les expériences de négociation des petites et moyennes entreprises manquent souvent de profondeur. Les
frais de gestion du compte courant, notion facile à comprendre, sont habituellement le seul élément de fond
en tarification déposé sur la table. Ils représentent un service pour lequel les coûts bancaires internes
n’augmentent pas et constituent une partie du contrat de services bancaires où il est facile de trancher.
Les frais de gestion de compte courant sont un élément visible de tarification des services bancaires.
Toutefois, contrairement aux idées répandues, il ne s’agit pas d’un coût annonciateur d’autres frais. Rien ne
laisse croire que l’établissement des tarifs pour la gestion de compte sert de modèle aux augmentations
d’autres frais. Dans la plupart des cas, ils ne sont pas un élément important du forfait de rémunération
global de la banque. Marchander les frais de gestion de compte courant est un moyen pratique d’éviter de
fastidieuses négociations sur les questions de fond en tarification pour nombre de petites entreprises. Or,
des négociations ne portant que sur ces frais profitent presque toujours à la banque.
Enfin, nombre de PDG manquent d’expertise en gestion de la tarification de services bancaires pour une
raison organisationnelle. De nombreux chefs des finances font leurs débuts dans des sociétés canadiennes,
filiales de sociétés américaines, où la trésorerie est centralisée. Les contrats de services bancaires
négociés au Canada ne sont qu’un détail d’un vaste paysage financier. Les professionnels de la finance aux
États-Unis connaissent peu les pratiques bancaires au Canada. Ils n’ont habituellement pas le temps et le
savoir-faire nécessaires pour donner aux filiales les contrats de services bancaires auxquelles elles
auraient droit, et la gestion de la tarification de ces services au Canada n’est tout simplement pas leur
priorité.
Attentes et critères de comparaison
Malgré ces inconvénients, certaines entreprises paient leurs services bancaires moins cher que leurs
concurrentes. Quel est leur secret? Leurs chefs des finances ont d’abord fait de l’apprentissage de la
gestion des tarifs bancaires un élément de leurs compétences professionnelles. Deuxièmement, les chefs des
finances disposés à gérer les tarifs bancaires ont des attentes réalistes à l’égard de leur relation avec la
banque. Les banques sont pour eux des entreprises comme les autres et les banquiers ne sont pas des
croquemitaines. Ils comprennent qu’en matière de tarification bancaire, on a ce qu’on mérite et on mérite ce
qu’on négocie. Ils représentent les intérêts de leur entreprise de façon proactive.
Les chefs des finances savent que le tarif est un inducteur de profit important pour les banques. Ils
comprennent que toute modification de tarif se répercute sur les résultats de la banque et que de légères
augmentations tarifaires peuvent avoir un effet multiplicateur sur les bénéfices des banques. Si l’on prend
l’exemple des services aux particuliers, une récente étude du Boston Consulting Group indique que si les
banques augmentaient leurs tarifs de seulement 1 % (les volumes et les coûts demeurant constants), le
rendement des capitaux propres augmenterait de 6,8 %. En revanche, une augmentation de 1 % du
volume ou une diminution de 1 % des coûts n’entraînerait qu'une augmentation des capitaux propres de
1,8 % ou de 2,3 %, respectivement. Ces chefs des finances sont conscients que le levier tarifaire
pour les services bancaires aux entreprises n’est pas moins puissant et qu’il suit les mêmes tendances que
dans le cas des services bancaires aux particuliers. Ils savent que pour les banquiers, la tarification est
un élément clé des négociations. Ils sont d’accord lorsque McKinsey & Company qualifie la tarification de
«moyen le plus rapide et le plus efficace de faire augmenter les bénéfices d’une entreprise». Ces chefs des
finances s’attendent à ce que les banquiers repoussent les limites de la tarification lors des négociations
sur les frais.
Les chefs des finances qui participent de près à la gestion des tarifs bancaires savent que cet élément
est important pour les entreprises et pour les banques, mais pour une raison différente. Dans la plupart des
négociations avec les banques, le fruit de la gestion des tarifs bancaires n’est pas la réalisation
ponctuelle d’économies. Une tarification bancaire actualisée est à la base d’augmentations futures et elle
détermine les rendements sur plusieurs années. Le résultat obtenu ressemble à une rente.
On estime que les économies sur les frais bancaires décuplent l’effet multiplicateur sur la valeur pour
l’actionnaire. Des économies potentielles de 50 000 $ donnant lieu à une augmentation de 500 000 $ de la
valeur pour les actionnaires constituent une opportunité non négligeable. Le critère de la valeur pour
l’actionnaire procure à la tarification des services bancaires une visibilité nécessaire et fait ressortir le
véritable coût de ne pas négocier adéquatement les frais bancaires.
Les chefs des finances avisés comprennent le rôle de l’information dans les négociations avec les banques
et qu’il n’est pas inhabituel qu’une partie soit mieux informée que l’autre. Les économistes parlent
d’asymétrie de l’information, conscients que pour les banques, l’accentuation de cette asymétrie est la
source ultime d’avantages concurrentiels. Les entreprises négociant leurs frais de services bancaires ne
disposent normalement pas d’informations comparatives sur les tarifs. Si elles s’appuient sur des tests de
vraisemblance et sur leur expérience personnelle pour valider les tarifs bancaires, elles limitent leurs
choix à la table de négociation.
«Les banques tarifient un large éventail de produits et de services», explique un chef des finances.
«Comprendre quels éléments sont source d’économies potentielles, lesquels doivent être regroupés dans un
forfait et ceux auxquels il convient de renoncer en négociation n’est pas une tâche facile. Parfois, les
économies découlant des négociations de frais bancaires sont faibles et s’accumulent en fonction de la gamme
de services bancaires. D’autres fois, les économies importantes sont concentrées dans des secteurs bien
précis. La réalisation d’économies dans le cadre de négociations de frais bancaires pourrait se comparer à la
réussite de coups sûrs ou de coups de circuit.» Les chefs des finances prônant la réalisation d’économies sur
les frais bancaires admettent qu’ils ont besoin d’aide dans leurs négociations avec les banques. Pour que les
parties soient à armes égales, ils veulent obtenir des données comparatives sur les tarifs et s’intéressent
aux stratégies de négociation qui neutralisent les avantages structurels des banques.
Équilibrer les forces en présence
Les chefs des finances aguerris savent que le secret de la réalisation d’économies sur le coût d’emprunt et
les frais de services réside dans la négociation basée sur les intérêts communs. L’analyse comparative est
l’outil qui donne à cette stratégie toute sa force dans les relations avec les banques.
Ce type de négociation appliqué à la négociation des ententes bancaires est une stratégie hybride. Le
processus de négociation n’y est pas considéré comme un processus souple ou favorisant une rencontre des
intérêts, et dans le cadre duquel on se soucie d’un partage équitable. Selon les partisans de l’approche
basée sur les intérêts communs, les négociations actuelles avec les banques débouchent sur une situation
gagnant-perdant. Elles sont des exercices de réclamation de valeur.
Sur ce plan, les banques se sont dotées de stratégies de tarification intelligentes, tenant le haut du pavé
depuis longtemps. La taille, la faible concurrence tarifaire, les avantages structurels et l’asymétrie de
l’information leur donnent l’avantage. Au pire, elles obligent les clients à accepter les tarifs. Au mieux,
elles tolèrent les stratégies de compromis ou de partage des restes.
La stratégie basée sur les intérêts communs introduit la notion d’équité dans l’équation. Les banques
demeurent alors libres d’établir des tarifs qui leur procureront des rentrées satisfaisantes, mais pas au
détriment de leurs clients. Selon cette approche, la tarification des services bancaires est juste si elle
respecte une norme indépendante d’équité. Pour les clients des banques, cela veut dire une uniformatisation
des tarifs et une entreprise devrait s’attendre à bénéficier des tarifs que la banque offre à ses homologues
stratégiques.
La négociation basée sur les intérêts communs offre trois grands avantages aux banques et à leurs clients.
Premièrement, elle incite les deux parties à établir des attentes réalistes sur ce à quoi elles ont droit,
accordant plus d’importance aux mérites qu’aux bluffs. Deuxièmement, en faisant reposer les négociations sur
une norme d’équité indépendante, elle protège les deux parties du risque de se faire flouer. Enfin, elle
respecte la relation bancaire. Ce type de négociation laisse présager une tradition de contrats équitables.
Lorsqu'elle aboutit, elle constitue un atout extraordinaire et crée des liens solides. Elle valide l’argument
des banques selon lequel les clients sont leurs partenaires.
L’analyse comparative est l’outil permettant à ce type de négociation d’être efficace. Elle amène les
banques et leurs clients à respecter le critère d’équité. Elle permet de trancher les différends sur la
tarification en fonction d’une norme indépendante du pouvoir de négociation de chacune des deux parties et
donne sa transparence à la stratégie de négociation. Grâce à l’analyse comparative, les deux parties savent
quand les tarifs sont équitables et quand ils ne le sont pas.
Économies sur les coûts d’emprunt et les frais de gestion
Au Canada, la négociation basée sur les intérêts communs n’est pas la norme pour les tarifs bancaires. De
nombreuses entreprises ne profitent donc pas des économies qui dorment dans leurs contrats de services
bancaires. Étudions les deux exemples suivants :
Les moyennes et les grandes entreprises ont recours aux acceptations bancaires pour financer une partie de
leur fonds de roulement. Ces acceptations ont un avantage absolu en tarification, comparées aux frais liés à
une ligne de crédit d’exploitation. L’analyse comparative est la meilleure façon de déterminer si une
commission de signature prétendument courante l’est vraiment. Elle est aussi le meilleur moyen de déterminer
si la relation entre le coût de la ligne de crédit d’exploitation et la commission de signature de
l’acceptation bancaire est adéquatement intégrée. Les commissions de signature peuvent être fixées de telle
sorte que l’écart entre le coût de l'acceptation bancaire et le coût de la ligne de crédit d’exploitation
soit moins important qu’il ne devrait l’être. Il s’agit d’une forme d'augmentation tarifaire avantageuse pour
les banques au détriment des clients.
Les économies réalisées par les entreprises obtenant le juste prix pour des instruments comme les
acceptations bancaires s'accumulent. Un écart de 20 points de base sur une commission de signature se traduit
par une économie de 10 000 $ pour une entreprise qui dispose d’une ligne de crédit d’exploitation de 10
millions $ et qui se sert d’acceptations bancaires pour financer 50 % de cette obligation. L’analyse
comparative est le meilleur moyen de déterminer si la relation entre le coût de la ligne de crédit
d’exploitation et la commission de signature des acceptations bancaires compte de même que si la commission
de signature a un tarif concurrentiel.
Le deuxième exemple est le change. Les banques n’offrent pas de majoration fixe des coûts de change et
elles ne révèlent pas leurs marges. Les majorations du taux de change diffèrent selon l’établissement
bancaire, la taille et le volume des opérations. De nombreuses entreprises indiquent qu’elles échangent au
cours au comptant et tiennent pour acquis qu’il s’agit d’un bon prix. Mais ce n'est pas le cas. Le cours au
comptant est une convention de règlement qui ne dit rien de la marge sur le taux interbancaire facturée à
l'entreprise.
Les frais de change sont difficiles à gérer. La plupart des entreprises ne «magasinent» pas leurs
opérations de change. À moins d’avoir négocié une ligne de crédit en devises avec une deuxième banque, il est
difficile d’obtenir les tarifs de concurrents pour valider la tarification pratiquée par la première banque.
Certaines entreprises utilisent des convertisseurs de devises disponibles sur le Web pour estimer les prix de
gros des banques. Ils calculent ensuite les majorations cachées dans les prix de règlement pour prendre leurs
décisions d’achat et de vente de devises en fonction du caractère raisonnable des marges imposées. Le
problème de cette approche, c'est qu’elle indique seulement si le prix est raisonnable et non si on obtient
le meilleur prix pour l’opération.
Les entreprises achetant ou vendant des devises exclusivement sur les sites Internet de chefs de file
bancaires sont celles qui ont le moins de latitude. On pourrait croire que la croissance d’Internet aurait
fait baisser le coût des devises, mais ça n’a pas été le cas. Pour les banques, les offres de devises par
Internet représentent le meilleur de tous les mondes possibles : une structure de coûts efficace et de
meilleurs outils de gestion des prix. Les banques utilisent, dans leurs programmes de négociation, des
algorithmes alignant les majorations sur la sensibilité au prix des clients. Plus une entreprise agit comme
un preneur de prix, plus la hausse des prix sera rampante. Comme les majorations sont cachées, un nombre
étonnant d’entreprises acceptent à leur insu des prix majorés en échange d'un mécanisme pratique.
Les majorations du prix des devises devraient démarrer à 25 points de base pour des opérations de 100 000
$ et baisser à cinq points de base pour les opérations de 1 million $ ou plus. Les entreprises qui n’achètent
pas et ne vendent pas à ces taux paient une prime sur chaque opération de change. Par exemple, une majoration
de 25 points de base sur une opération en devises de 10 millions $ équivaudrait, si l’entreprise en est
exemptée, à une économie de 25 000 $, soit une valeur de 250 000 $ pour les actionnaires. Pour un
grand nombre d’entreprises, obtenir le juste prix sur les devises signifie de l’argent à bon marché.
L’analyse comparative fournit de nouvelles occasions dans la négociation de frais bancaires.
Les banques
À première vue, les banques ont beaucoup à perdre. Dans les cas où elles font reposer leur position
privilégiée sur la fixation de prix forts, les économies afférentes à l’analyse comparative profiteront à
leurs clients. L’effet multiplicateur que cette tarification a sur les bénéfices des banques pose problème.
Aucune banque ne souhaite une érosion de ses profits. Par contre, aucune banque ne veut non plus soutenir ses
résultats en désavantageant ses clients. Le manque à gagner sur les marges pourra être un coût transitoire
associé à la croissance en popularité de l’analyse comparative.
Les ajustements tarifaires problématiques, le cas échéant, constituent un problème à court terme. À long
terme, les banques ont tout à gagner avec l’analyse comparative. Ces données leur permettront de justifier
publiquement leurs politiques tarifaires, élément non négligeable dans un secteur réglementé, concentré et
qui affiche des bénéfices records. L’analyse comparative élimine aussi une bonne part des récriminations
liées habituellement aux négociations de frais bancaires. En outre, elle renforce les relations entre les
banques et leurs clients des entreprises.
L’analyse comparative peut modifier la façon dont les banques vendent leurs services. Dans une
présentation à de nouveaux clients, les données comparatives fournissent à ceux-ci des arguments plus
convaincants pour les inciter à changer d’établissement bancaire. Depuis longtemps, les courtiers en valeurs
mobilières se servent des résultats de Brendan Wood International, société d’experts-conseils en placement,
ou des sondages de la revue Euromoney pour faire la promotion de leurs organisations. Les données
comparatives ouvrent la même porte aux banques canadiennes. Qu’il s’agisse des coûts d’emprunt, des frais de
change, des frais de gestion de l’encaisse ou de la satisfaction globale de la clientèle, pouvoir dire qu’on
est le «no 1» est un argument de marketing convaincant.
Les cabinets de CA
L’analyse comparative a les mêmes caractéristiques yin et yang pour les cabinets de CA. Les négociations sur
le crédit constituent un important service à valeur ajoutée pour les cabinets de CA dont les clients sont des
moyennes entreprises. L’analyse comparative leur permet d’ajouter la tarification des services bancaires à
leur offre. Les CA peuvent aider leurs clients à obtenir les lignes de crédit dont ils ont besoin et à
négocier des taux plus avantageux. Pour les CA s’occupant de la prospection de clientèle, l’analyse
comparative est une aide à la vente puissante. Trouver des économies non réalisées dans les contrats de
services bancaires d’un client prospectif est un argument persuasif. S’assurer que de telles lacunes
déclenchent d’autres besoins en matière de services est une tactique de vente consacrée. Les cabinets qui ne
se soucient pas des tarifs des banques devront ultimement composer avec une situation désagréable, soit
répondre à des demandes de dédommagement de clients ou courir le risque de les perdre. Au fil du temps, les
attentes des clients quant aux tarifs bancaires iront de pair avec celles des services fiscaux.
Si la priorité des cabinets de CA est la fidélisation des clients, l’analyse comparative est une stratégie
défensive prudente. S’ils visent plutôt la prospection de clientèle, elle constitue un outil qui les
distinguera de leurs homologues. En expertise comptable comme dans tout autre secteur, ou l’on est bon ou
l’on est retiré du jeu.
Entreprises
Les données comparatives permettront aux entreprises d’obtenir un contrat de services bancaires adéquat.
Celles du premier quartile, qui peuvent compter sur leur taille et sur un profil de crédit attrayant, se
serviront des données comparatives pour obtenir les meilleurs tarifs disponibles. Les entreprises ayant le
vent dans les voiles utiliseront l’analyse comparative pour négocier des rabais conditionnels à leurs
résultats. À mesure que l’hégémonie des banques en matière tarifaire s’estompera, de plus en plus
d’entreprises chercheront à obtenir de meilleurs tarifs de leurs banques. Des experts-conseils en réduction
de coûts obligeront de nombreuses entreprises à faire face à cette question.
Pour les chefs des finances, l’analyse comparative dégage des économies et définit les attentes concernant
les tarifs bancaires qu’ils sont censés obtenir. Elle démontre que les banques sont astreintes aux mêmes
normes de négociation que les autres fournisseurs et, au besoin, elle justifie le changement d’établissement
bancaire, le cas échéant.
Le mot de la fin
La négociation basée sur les intérêts communs et l’analyse comparative permettront de meilleurs contrats de
services bancaires, et ce, plus efficacement que toute autre stratégie de négociation. Ce qui est moins
clair, c’est la rapidité avec laquelle cette nouvelle approche se répercutera sur les pratiques tarifaires
des banques. Pour la plupart des entreprises, le plus tôt sera le mieux. Si votre entreprise paye un
supplément pour sa facilité d’emprunt et ses services bancaires, le critère de la valeur pour l’actionnaire
signifie que l’analyse comparative sera beaucoup plus avantageuse que des économies ponctuelles. Les
dirigeants financiers qui ne peuvent procurer à l'entreprise un contrat de services bancaires dont la
tarification est adéquate auront des comptes à rendre.
Pour les cabinets de CA, le plus tôt sera aussi le mieux. Si l’analyse comparative confirme que les tarifs
bancaires sont justes, c’est un problème de loyauté en moins dont il faut se soucier.
Il en est de même pour les banques. La dernière chose qu’elles désirent est l’équivalent, pour les
entreprises, de la campagne d’ING Direct. L’analyse comparative leur permettra de montrer que la
concentration du secteur bancaire canadien n’empêche pas les tarifs concurrentiels et que les profits records
qu’elles dégagent ne le sont pas au détriment de leurs clients.
À long terme, la négociation basée sur les intérêts communs et l’analyse comparative sont à l’avantage des
entreprises, des banques et de leurs conseillers.
Pour les dirigeants financiers intermédiaires entre la banque et l’entreprise (les banquiers, les CA ou
les chefs des finances), le choix à court terme est clair : surferont-ils sur la prochaine vague ou se
retrouveront-ils au fond de l’eau avec les poissons?
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Des contrats de services bancaires plus concurrentiels en six
étapes
Négocier des contrats de
services bancaires concurrentiels demande patience et préparation. Les six étapes suivantes rendent la tâche
plus productive :
- Se faire une idée globale de la situation. Avant de s’asseoir à la table des négociations,
prendre le temps de réfléchir à ce qui permettrait de négocier efficacement. Comprendre pourquoi marchander
les augmentations de prix proposées n’est pas une stratégie de négociation efficace et efficiente. La
négociation basée sur les intérêts communs et l’analyse comparative sont les meilleurs atouts pour négocier
des contrats de services bancaires à coût plus avantageux.
-
Préparer le terrain. Les négociations avec la banque ne devraient pas commencer quand celle-ci envoie un
projet de modalités de prêt. Communiquer longtemps à l’avance les attentes de l’entreprise en matière de
tarification et les motifs qui les justifient. Une fois ces modalités de prêt finalisées, les dés sont jetés.
Les modalités de prêt devraient traduire le résultat des négociations, et non constituer la mise de
départ.
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Faire ses devoirs. Les banques ne sont pas tenues d’accorder à l'entreprise les meilleurs tarifs dans sa
catégorie. Pour préparer la position de négociation, avoir des informations comparatives justifiant les
attentes sur les tarifs. Les banques n’en attendent pas moins de l’entreprise et elles la respecteront
d’autant plus. Un dossier bien préparé est un gage de négociation fructueuse. Analyse comparative et
tarification concurrentielle sont les deux versants d’une même montagne.
-
Être prêt à négocier. Il faut savoir reconnaître quand on a l’avantage et comprendre que le bluff fait
partie du jeu. Prévoir une réponse initiale négative et se préparer en conséquence. Savoir à quoi on est prêt
à renoncer pour obtenir des concessions valables. Admettre que seuls des résultats exceptionnels méritent des
contrats de services bancaires exceptionnels. Il importe de se montrer raisonnable.
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Faire preuve de sens commun. Tous les services bancaires ne contribuent pas également au coût global du
contrat de services. Se concentrer sur la tarification adéquate des services les plus importants. Lors de la
contestation légitime du lien entre tarif et performance, trouver des solutions mutuellement avantageuses,
comme la tarification progressive, pour sortir d’une impasse. S’assurer que la proposition de la banque
englobe les instruments et services requis afin de minimiser les frais bancaires. Les erreurs par omission
sont courantes dans les contrats de services bancaires. Poser les bonnes questions!
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Connaître ses limites. Aucune méthode de négociation ne garantit le succès et aucune technique de
négociation n’est infaillible. La négociation basée sur les intérêts communs et l’analyse comparative de
données ne sont pas la panacée. Savoir quand on a l’avantage, quand il vaut mieux céder du terrain, quand
donner du lest et quand chercher d’autres solutions. Planifier en conséquence.
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R.S. (Dick) Clark, FCA, est président de CB Intelligence Inc., société qui administre le CBI
National Banking Survey et fournit des analyses comparatives sur les coûts d’emprunt et les frais de services
bancaires aux entreprises canadiennes. Jack Ostroff, CA, est président de Genus Financial Corp. et directeur
chez CB Intelligence.
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