octobre 2006 — ÉDITION IMPRIMÉE    
 
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Investir avec sa tête

Par Ian Davidson
Illustration : John Sapsford

En matière de stratégie de placement, le fait de ne se fier qu'à son cœr peut jouer de vilains tours

Les décisions relatives à la manière d’investir les épargnes de toute une vie reposent souvent davantage sur les émotions des investisseurs que sur des critères rationnels, ce qui a une incidence majeure sur les rendements à long terme de leurs placements. Une étude portant sur l’analyse quantitative du comportement des investisseurs (QAIB), réalisée en 2005 par le cabinet de recherches Dalbar Inc. de Boston, a d’ailleurs révélé que l’attitude des investisseurs joue pour beaucoup dans la valeur de leur portefeuille, plus encore que le rendement des titres. Il est donc essentiel d’élaborer des stratégies qui aident à investir avec la tête plutôt qu’avec le cœur uniquement.

Depuis quelques années, une nouvelle discipline, la finance comportementale, s’attache à étudier le processus décisionnel des investisseurs. On a ainsi constaté neuf grandes catégories d’émotions qui peuvent jouer de mauvais tours.

  • La peur de perdre : les investisseurs espèrent obtenir des rendements élevés en prenant un minimum de risques.
  • La propension à mettre des œillères : les investisseurs prennent des décisions sans tenir compte de l’ensemble des conséquences qui peuvent en découler.
  • L’ancrage mental : les investisseurs ont tendance à voir des analogies qui n’existent pas entre des situations du présent et des situations du passé.
  • La comptabilité mentale : les investisseurs peuvent prendre des risques inutiles ou éviter des risques raisonnables.
  • La mauvaise diversification : les investisseurs, dans leur tentative de réduire les risques, en multiplient les sources.
  • L’instinct grégaire : les investisseurs suivent le troupeau, même si cela les mène à leur perte.
  • Les regrets : les investisseurs regrettent davantage ce qu’ils ont fait que ce qu’ils n’ont pas fait.
  • L’asservissement à l’information : les investisseurs agissent à partir des informations diffusées par les médias sans les analyser ni les remettre en question.
  • L’optimisme : les investisseurs sont persuadés que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes pour eux… après tout, les malheurs n’arrivent qu’aux autres.

Les conseillers en placement s’évertuent à neutraliser les pires instincts de leurs clients. Les investisseurs doivent comprendre l’effet négatif que les comportements néfastes ont sur leur portefeuille et apprendre à faire des choix objectifs et éclairés.

D’une manière générale, on observe un décalage entre les ventes de fonds d’actions canadiennes et le rendement de l’indice composé S&P/TSX sur un an (voir le graphique à la page 47). Autrement dit, les investisseurs coordonnent mal leurs décisions avec la situation du marché : ils ratent les occasions d’acheter des titres lorsque leur cours est bas et ils vendent ceux qui sont sur le point de s’apprécier.

L’étude QAIB révèle en outre que les investisseurs sont rarement en phase avec le marché. En fait, «l’indice de prévisions justes» mis au point par Dalbar permet de constater qu’un pourcentage ahurissant de transactions ne profitent pas aux investisseurs : dans 75 % des cas, l’investisseur moyen ne réussit pas à tirer parti des marchés baissiers pour réaliser des gains à court terme en vendant avant que les cours ne chutent ou en achetant avant qu’ils ne grimpent.

L’emprise des émotions est particulièrement forte dans un marché boursier déprimé. Or, les investisseurs doivent comprendre que les meilleures affaires se font quand tout semble aller mal : une période de panique sur le marché annonce souvent un redressement imminent. Inversement, l’euphorie indique généralement qu’un marché a atteint son apogée. Il s’agit du moment où les risques financiers sont les plus élevés. Une fois qu’ils ont compris que leurs émotions sont mauvaises conseillères en matière de placements et de risques financiers, les investisseurs peuvent apprendre à reconnaître les signaux précurseurs de panique ou d’euphorie en analysant attentivement les raisons objectives d’acheter ou de vendre dans une situation donnée.

Voici quatre stratégies simples qui aideront les investisseurs à prendre des décisions éclairées :

  1. Demandez l’avis d’un expert et adoptez une vision d’ensemble. Une rencontre avec un conseiller s’avère utile pour analyser les motivations qui vous poussent à vouloir vendre certains placements en actions à un moment précis. Vous devez satisfaire des obligations financières à court terme? Il existe probablement un meilleur moyen d’y arriver sans compromettre vos chances de récupérer vos pertes s’il y a lieu à la suite d’un marché baissier. Vendre au plus bas est le meilleur moyen de s’assurer des pertes. L’une des principales forces d’un conseiller est d’amener ses clients à avoir une vision d’ensemble de leur situation financière et de leurs objectifs à long terme, peu importe le marché boursier.
  2. Ayez recours à un énoncé de politique de placement (EPP). Rédigé par un investisseur et son conseiller, ce document détermine le cadre à l’intérieur duquel toutes les décisions de placement seront prises. L’EPP définit les objectifs de placement du client et son horizon temporel ainsi que ses besoins en revenus et en liquidités, précise son niveau de tolérance au risque et sa situation fiscale. Il décrit son profil d’investisseur et contient des indications relatives à la composition du portefeuille et des directives pour la gestion des placements. Ces dernières servent, par exemple, à préciser les responsabilités du conseiller : proposer des stratégies de diversification opportunes et procéder à des révisions du portefeuille, surveiller l’évolution de celui-ci et fournir des conseils pour le rééquilibrer, si cela s’avère nécessaire, et évaluer son rendement en fonction de critères précis. L’élaboration d’un EPP vise à assurer que le client recevra des conseils judicieux et personnalisés.
  3. Les achats périodiques par sommes fixes dans le cadre d’un plan de placement systématique servent à éviter que les investisseurs ne prennent des décisions fâcheuses en se fiant à leurs intuitions. Des placements périodiques aident à maintenir le cap sur les objectifs de placement à long terme et à ne pas céder aux émotions. Les avantages d’une telle stratégie sont frappants : les investisseurs qui l’utilisent peuvent espérer un rendement supérieur de 70 % à ce qu’un investisseur moyen obtient, selon l’étude QAIB.
  4. Les fonds communs de placement présentent également divers avantages : gestion de portefeuille professionnelle, diversification abordable, liquidité. Ainsi, un fonds commun est constitué et géré par des gestionnaires de portefeuille qui se consacrent à trouver des placements adéquats. Ils prennent les décisions d’achat et de vente d’actions, d’obligations et d’autres titres pour atteindre les objectifs de placement visés par le fonds. Ces fonds permettent aussi de disposer d’un portefeuille diversifié, moyennant un investissement très raisonnable. Pour un investisseur qui n’a que 5 000 $ à investir, l’acquisition d’actions de 20 titres différents s’avère irréaliste et onéreuse. Par exemple, l’achat d’un seul lot de taille normale (100 actions) de chaque titre à un prix moyen de 10 $ l’action, en plus de la commission, nécessite un investissement d’au moins 20 000 $. Et tout cela pour un portefeuille modérément diversifié. Enfin, les fonds communs sont généralement des placements très liquides, que l’on peut convertir à la valeur comptable de l’action fixée quotidiennement.

Bien que les renseignements contenus dans le présent article s’inspirent de sources jugées fiables, CAmagazine ne donne aucune garantie quant à leur exactitude ou à leur intégralité. Cet article ne vise pas à fournir des conseils financiers, juridiques, fiscaux ou de placement. Les stratégies particulières concernant les assurances, les placements ou la négociation devraient être évaluées en fonction des objectifs de chaque personne. Gestion de Placements TD Inc. n’est pas responsable des erreurs et omissions dans les renseignements ni des pertes ou dommages subis.


Ian Davidson, M.B.A., CFP, CA, RFP, est vice-président chez Assante Capital et il dirige la présente rubrique de CAmagazine.