août 2006 — ÉDITION IMPRIMÉE    
 
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Les pertes n’ont pas la cote

Par Ian Davidson

Volatilité du portefeuille

Année


Rendements du portefeuille 1 Rendements du
portefeuille 2
Placement
1 million $
Volatilité élevée
Placement
1 million $
Volatilité faible

1

8 %

6 %

1 080 000,00 $

1 060 000,00 $

2 14 % 10 % 1 231 200,00 $ 1 166 000,00 $
3 12 % 4 % 1 083 456,00 $ 1 212 640,00 $
4 20 %
8 % 1 300 147,20 $ 1 309 651,20 $
5 -15 % 2 % 1 105 125,12 $ 1 335 844,22 $
6 12 % 10 % 1 237 740,13 $ 1 469 428,65 $
7 35 % 18 % 1 670 949,18 $ 1 733 925,80 $
8 25 % 12 % 2 088 686,48 $ 1 941 996,90 $
9 -20 % 2 % 1 670 949,18 $ 1 980 836,84 $
10 13 % 8 % 1 888 172,58 $ 2 139 303,78 $
Rendement moyen 8 % 8 %    
Valeur du placement initial de 1 million $ après 10 ans 1 888 172,58 $


2 139 303,78 $



   

Différence 251 131,21 $

 

Comme Un placement fructueux résulte en grande partie de l’absence de pertes, la diversification constitue un bon moyen de protection

Le secteur du placement a son propre vocabulaire pour décrire les événements ou les tendances qui le marquent. Par exemple, dans le milieu, on parle de la «variabilité des rendements des investissements». Ainsi, alors que les investisseurs se préoccupent des gains et des pertes, et qu’ils sont très heureux lorsque leur portefeuille est à la hausse, les variations à la baisse, à savoir les «pertes», n’ont pas la cote.

Pour vraiment faire des gains sur placement, il faut limiter les pertes. Prenons l’exemple de deux portefeuilles de un million de dollars chacun. (Voir «Volatilité du portefeuille» ci-dessus.) Les deux portefeuilles ont un taux de rendement moyen de 8 % sur 10 ans. Le portefeuille 1 est plus volatil et affiche des gains et des pertes plus importants; il s’agit d’un portefeuille non diversifié, représentatif de la composition de l’indice S&P/TSX. Le portefeuille 2 est diversifié et comprend de nombreuses catégories d’actifs. Il génère souvent un rendement moindre que le portefeuille 1. Par contre, au cours des années où le portefeuille 1 subit des baisses, le portefeuille 2 reste stable.

Dans le portefeuille 1, on constate des pertes pour trois des dix années présentées, soit les années 3, 5 et 9. Les pertes des troisième et neuvième années surviennent près des fins d’exercice et freinent considérablement la croissance du portefeuille. Les pertes sont asymétriques, de sorte que si la valeur de un dollar investi perd 20 % (pour s’établir à 0,80 $), l’investisseur doit obtenir un rendement de 31 % sur ses 0,80 $ pour revenir à la valeur de 1 $. Lorsque les titres perdent 99 % de leur valeur, comme dans le cas des actions de Nortel, il y a très peu de chance de récupération. En outre, les investisseurs réagissent beaucoup plus fortement aux pertes qu’aux gains.

Dans le portefeuille 1, au cours des années 6, 7 et 8, les rendements sont de 12, 35 et 25 %, pour un total de 72 %. Il s’agit du type de gains que l’on voit dans une conjoncture cyclique de reprise d’activité. De 1998 à 2000, les gains importants étaient attribuables au secteur technologique et ont été suivis d’un recul de 41 %.

Au cours des trois dernières années, le marché boursier canadien a généré des rendements importants provenant de trois secteurs seulement : le pétrole et le gaz, les produits miniers et les services financiers. En 2005, le secteur pétrolier et gazier a à lui seul généré 60 % des gains de la Bourse de Toronto. Les prix des combustibles fossiles pourraient grimper indéfiniment, mais ils ne garderont pas le même rythme rapide, car l’inflation augmentera et la consommation diminuera. Au cours du premier trimestre de 2006, ces trois secteurs représentaient 75 % des titres inscrits à la Bourse de Toronto.

Au cours des 15 dernières années, la volatilité du marché s’est accrue. Alors que les hausses du cours des actions sont rapides, les baisses sont soudaines. Il est très difficile pour l’investisseur moyen de se débarrasser de titres avant tout le monde lorsque les mouvements sont imprévisibles.

Examinons les rendements des années 5 à 9. Ils sont de -15, 12, 35, 25 et -20 %. Ces variations signifient que la valeur cumulative d’un dollar pour les années 5 à 9 serait de 1,28 $ la neuvième année, même si le rendement total des trois années intermédiaires a été de 72 %. Si le recul de l’année 9 (-20 %) était moins important mais plus durable, disons 7 % par année pendant trois ans, les rendements cumulatifs du portefeuille auraient également subi une hausse.

Il est possible de réduire le risque de portefeuille au moyen de la diversification. Comme nous l’avons déjà mentionné, le portefeuille 1 est représentatif de l’indice S&P/TSX. Nous pouvons ajouter des titres à court terme, des obligations, des actions américaines, des actions de sociétés canadiennes et américaines à faible capitalisation et des titres des marchés émergents et du marché immobilier. Ces actifs ne suivent pas tous le même cycle de marché. Une bonne conception du portefeuille réduit la volatilité grâce à l’ajout de catégories d’actifs non liées, même si cette façon de faire donne également lieu à des rendements moindres certaines années. Au cours des années 6, 7 et 8, le rendement du portefeuille 1 a été de 12, 35 et 25 %, alors que celui du portefeuille 2, diversifié, a été de 10, 18 et 12 %. L’absence complète de pertes du portefeuille 2 au cours des trois années de baisse du portefeuille 1 compense largement les rendements moindres. Dans la réalité, un investisseur congédierait son conseiller pendant ces trois années.

Au cours de l’année 8, le portefeuille 2 a gagné 2 % tandis que le portefeuille 1 a perdu 20 %. Il s’agit d’un rendement remarquable de 22 %, qui pourrait malgré tout échapper à l’attention de l’investisseur moyen. Avec le recul, l’investisseur aurait préféré obtenir un rendement fixe de 4 %. Diversifier un portefeuille ne signifie pas faire les bons choix d’une année à l’autre.

Il faut oublier les rendements absolus. La presse financière présente beaucoup de chiffres. Bien sûr, si vous avez investi un dollar exactement pendant la période de mesure, vous obtiendrez le même rendement que celui annoncé. La plupart des investisseurs font toutefois des placements au fil du temps et non en un seul versement. Rares sont les périodes de mesure de rendement qui correspondent aux périodes de placement. Quelques jours de différence peuvent produire des écarts significatifs.

Les statistiques sur les placements ont tendance à reposer fortement sur les fins d’exercice. Il est vrai que les fiducies de revenu ont connu un rendement annuel moyen de 20 % pendant trois ans. Mais ces fiducies n’existent que depuis environ trois ans. En octobre 2005, votre fiducie de revenu aurait perdu 10 % de sa valeur, mais cette baisse d’une durée d’un mois, fort désagréable pour le rentier, n’est pas présentée dans le rendement total sur trois ans.

Certaines agences de notation vantent les rendements récents de leurs produits vedettes. Il ne suffit toutefois pas de trois bonnes années pour avoir un fonds «cinq étoiles». Il faut compter 10 ans et examiner les chiffres de chacune de ces 10 années. Les rendements composés sur 5 ans peuvent être passables, mais les rendements composés sur 10 ans, meilleurs. Les chiffres pour 6 ou 7 ans peuvent eux aussi sembler peu élevés. Comme on l’indique dans les prospectus, les résultats passés ne sont pas indicatifs des rendements futurs.

Pour l’avenir, il sera raisonnable de s’attendre à des rendements de 6 à 8 % et, dans un contexte de faible inflation et de faibles taux d’intérêt, à des rendements moindres. En diversifiant votre portefeuille, vous pouvez mieux vous protéger contre les pertes. Le Canada ne représente que 2 % du marché mondial des actions et il surpasse rarement les marchés étrangers. Bien sûr, le dollar américain a reculé et l’indice S&P a produit de très faibles rendements depuis sept ans. Il faut toutefois se rappeler que, si l’économie américaine ralentit, il en va de même pour toutes les autres économies du monde. Assurez-vous de détenir des obligations, des liquidités, des titres de sociétés de marchés émergents et des titres de sociétés à faible capitalisation.

Vous pouvez aussi examiner les évaluations de la volatilité des fonds communs de placement que fournissent des sociétés comme Morningstar ou Globe Hysales. Ciblez les fonds de placement visant un rendement supérieur, à faible risque. Repérez la meilleure et la pire performance de la période. Observez le style de placement des gestionnaires. Les fonds axés sur la valeur et la croissance à un coût raisonnable sont moins volatils.

Si les rendements absolus ne sont pas importants, qu’est-ce qui l’est? Demandez à un planificateur financier de vous préparer un plan financier. Déterminez le montant de capital qu’il vous faut pour atteindre l’indépendance financière et faites un suivi chaque année. Si vous n’êtes pas satisfait des rendements de vos placements, augmentez votre capital, travaillez plus longtemps, réduisez vos cibles en vue de la retraite ou examinez plus attentivement l’incidence de l’impôt sur la valeur de votre portefeuille.
Visez les gains en capital et les revenus de dividendes canadiens et assurez-vous de profiter de la possibilité de fractionnement du revenu.
Demandez à votre planificateur financier de vous préparer un énoncé de politique de placement (une formulation mathématique des rendements attendus de la répartition des actifs d’un portefeuille donné), qui vous aidera à circonscrire vos attentes. Vous pouvez ainsi gérer votre tolérance au risque.

La presse fait ressortir les rendements absolus. Mais un placement fructueux résulte en grande partie de l’absence de pertes ou de la limitation de celles-ci. Diversifiez votre portefeuille pour mieux vous protéger contre les baisses. Et accordez plus d’attention à l’accumulation de capital qu’au taux de rendement de la dernière année.


Ian Davidson, M.B.A., CFP, CA, RFP, est conseiller financier principal et vice-président chez Gestion de capital Assante, et il dirige la présente rubrique