Où va la société de personnes?
Par Jim Carroll
Depuis que la profession comptable existe, la société de personnes a été à la base de la profession. Elle définit la structure de la formation qui est au cœur de notre agrément et les méthodes qui sous-tendent bon nombre de nos activités professionnelles.
Il faut cependant se demander si cette structure encombrante et vieillotte qui présente souvent des défis sur le plan de la direction, de la politique et de l’organisation sera utile dans l’avenir. Notre profession, comme toute autre, est aux prises avec une pénurie de compétences imminente, une complexité croissante et des demandes toujours plus pressantes en faveur d’une évolution. Les sociétés de personnes peuvent-elles survivre à pareil bouleversement?
La vague de départs à la retraite des baby-boomers est à nos portes, et ce phénomène privera la profession d’un réservoir immense de connaissances et compétences précieuses. Je suis persuadé que l’obligation de prendre sa retraite à 55 ans sera abolie et qu’un nombre croissant de cabinets établiront une formule de relation unique avec ces professionnels plus âgés.
Le défi sera accru par la difficulté de recruter de nouveaux diplômés intéressés par des carrières à long terme, étant donné que la nouvelle génération envisage différemment la carrière et l’équilibre travail-famille. Nombreux sont ceux qui ne souscrivent pas à la notion de carrière traditionnelle; ils sont hyperactifs, ont des intérêts multiples, et les sondages indiquent qu’ils souhaitent une carrière pleine de rebondissements. Ils ne sont pas le genre à s’engager pour la vie au sein d’une même organisation.
Ne négligeons pas non plus le changement constant qui marque notre milieu. Qui aurait cru que le contrôle interne et les questions de conformité feraient l’objet d’un volet d’activités d’un milliard de dollars? Savons-nous vraiment ce qui nous attend, et quelle sorte de structure devra être mise en place pour nous adapter?
Enfin et surtout, la rapide croissance des connaissances et l’innovation survoltée nous amènent dans un monde où les compétences nécessaires pour l’exécution du travail des comptables deviennent plus spécialisées. La profession regorge de spécialisations et on peut en prévoir des dizaines d’autres encore plus diversifiées. Comment une société de personnes peut-elle survivre lorsqu’elle devient aussi fragmentée?
À mon avis, les structures traditionnelles qui ont défini notre profession deviendront encombrantes. On peut affirmer que l’avenir appartient aux petits cabinets spécialisés souples qui foisonnent depuis quelques années. Il paraît évident que notre profession s’invente de nouvelles structures afin de répondre aux attentes des clients. Par contre, dans notre économie mondiale massivement interconnectée, les petits cabinets spécialisés n’ont ni l’échelle ni l’ampleur nécessaires pour soutenir un éventail complet d’activités.
Vers quoi cela mène-t-il? D’après moi, nous assisterons à un déclin des grands cabinets. Des entités spécialisées apparaîtront et redéfiniront des sociétés de personnes établies à court terme, articulées autour de projets, associées avec d’autres entités spécialisées partout dans le monde, et formées uniquement pour servir les besoins d’un client en particulier. Les grands cabinets, reconnaissant cette tendance, continueront de se fragmenter en entités spécialisées, chacune en mesure de constituer ponctuellement des sociétés de personnes temporaires, certaines s’associant peut-être même avec leurs concurrents.
Jim Carroll, FCA ( jcarroll@jimcarroll.com ou www.jimcarroll.com ), est un auteur, chroniqueur et conférencier bien connu.
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