Dix non-tendances en 2005
Par Ian Davidson Illustration : Cathy Pentland
Certains sujets économiques ne sont pas souvent abordés, mais ils revêtent une importance cruciale dans le contexte démographique actuel
Malgré l’importance qu’a récemment acquise la presse économique, il n’est pas toujours facile de faire le reportage que l’on souhaite. Et puis, il y a des questions dont on parle peu, comme les 10 principales non-tendances en matière de planification financière.
• Indépendance financière – La planification financière (PF) vise à permettre d’atteindre la dignité financière, c’est-à-dire la capacité de prendre sa retraite dans des conditions adéquates. Or, un sondage de TD Waterhouse révèle que près de 50 % des répondants ne savent pas combien d’argent il leur faut pour atteindre l’indépendance financière. De plus, le tiers d’entre eux prévoient continuer de travailler à temps partiel ou à plein temps après l’âge de la retraite. Et, selon Statistique Canada, la proportion des 55 ans et plus sur le marché du travail est en hausse.
Toutefois, ceux qui prévoient continuer de travailler doivent se demander pour qui ils travailleront (à un certain âge, il est difficile de trouver un emploi) et déterminer le capital qui leur sera nécessaire. La détermination du capital requis est la première analyse à faire en PF. Imaginons un vérificateur gagnant un revenu brut de 80 000 $ qui souhaite prendre sa retraite à 65 ans avec un revenu de 50 000 $ après impôt. Pour y parvenir, il lui faudra environ 1,2 million (ou pour un revenu annuel brut de 250 000 $ et un revenu après impôt à 65 ans de 125 000 $, il faudra un capital de 2,6 millions).
Seulement 450 000 Canadiens possèdent plus de 1 million en placements, le club des «5 millions» ne compte que 54 000 membres, et 72 % des millionnaires ont 50 ans et plus. Comparons ces chiffres aux avoirs du participant moyen à l’un des plus importants régimes de retraite du secteur public. Dans le secteur public, le capital investi par personne est d’environ 500 000 $ comparativement au REER moyen de 50 000 $.
Les Canadiens connaîtront des difficultés à la retraite, et ce fait devrait être le thème central de tout article traitant de planification financière. Travailler jusqu’au décès n’est pas considéré comme une bonne stratégie, ni supposer que les employés âgés compteront pour beaucoup parmi les travailleurs.
• REER et indépendance financière – Les REER ont été créés en 1957 lorsque le gouvernement s’est aperçu que 90 % des Canadiens avaient besoin de l’aide de l’État pour prendre leur retraite. Les Canadiens n’épargnent toutefois pas assez, car plus de 90 % sont admissibles au Programme de la sécurité de la vieillesse. Les cotisations annuelles aux REER atteignent en fait environ 35 milliards. L’effet de celles-ci est annulé par les retraits effectués, dont le montant est comparable à celui des cotisations depuis 10 ans. Les REER sont utilisés pour atténuer les variations de revenu dans les années de travail actif. Les fonds cumulés dans les REER atteignent aujourd’hui 600 milliards et devraient augmenter à 1,2 billion dans 10 ans, et les droits inutilisés de cotisation sont de 400 milliards. En outre, les régimes de pension agréés (RPA) détiennent des actifs de 630 milliards; 100 % des fonctionnaires adhèrent à des régimes à prestations déterminées, alors que 40 % des employés du secteur privé participent à des régimes de retraite, dont la majorité sont à cotisations déterminées.
Les REER et RPA combinés représentent le quart du patrimoine des Canadiens. Le tiers des Canadiens admissibles cotisent à un REER et le REER moyen est de 50 000 $. Quatre-vingts pour cent de la valeur en dollars des cotisations aux REER proviennent de personnes qui gagnent plus de 40 000 $. Les hommes cotisent davantage que les femmes, et les cotisations des Canadiens de 35 ans et moins représentent seulement 17% de la valeur des REER. Plusieurs centaines de milliers de Canadiens maximisent leurs cotisations.
• Raisons du déficit d’épargne – La principale raison est que la classe moyenne assume le fardeau dans une économie où seulement 10 % des Canadiens gagnent plus de 80 000 $. Les coûts liés au logement et à l’éducation post-secondaire ont augmenté. Il ne faut pas confondre crédits d’impôt et déductions d’impôt, et la loi n’est pas généreuse à l’égard des dépenses caractéristiques de la classe moyenne.
La stratégie de planification financière la plus élémentaire est plus valable que jamais. À titre de CA, vous travaillez probablement dans le privé. Observez le talon de paie d’un employé du secteur public et vous saurez pourquoi il aura les moyens de prendre sa retraite. Les retenues pour la retraite au public sont obligatoires et considérables, et sans équivalent dans le privé. Le principe «charité bien ordonnée commence par soi-même» s’avère donc nécessaire pour améliorer sa santé financière.
• Fonds de revenus en 2004 – Ces fonds ont une nomenclature trompeuse. Il s’agit de titres à haut rendement, et non de placements à revenu fixe. Bay Street en a vendu pour 40 milliards en 2004 et 17 milliards en 2003. Les résultats promis par les courtiers n’ont pas été à la hauteur. Combien de ces investisseurs vous diront que leur pharmacien prépare leur déclaration de revenus pour 60 $. Il est difficile de croire qu’un placement à faible risque rapportera de 8 à 10 % par an à long terme.
• Dollar canadien – Le dollar canadien a profité de la vigueur des prix des matières premières. Il se peut que la principale hausse tire à sa fin, bien que le déficit des États-Unis soit sans doute la question de l’heure sur la scène financière mondiale.
Pour ceux qui prévoient prendre leur retraite au Canada, il serait prudent de détenir un portefeuille diversifié composé de titres de différents pays, en différentes monnaies.
• Ratios de frais de gestion et indices – On se demande souvent si les ratios de frais de gestion afférents aux fonds communs de placement (FCP) sont trop élevés et si l’investissement passif est préférable à l’investissement actif. La réponse est largement subjective, mais le résultat est des plus importants. Les honoraires de 5 000 $ que votre client a dû acquitter pour la préparation de ses déclarations de revenus lui rapporteront peut-être beaucoup plus que les frais de 60 $ payés au pharmacien.
La plupart des FCP offrent des rendements intéressants sur cinq et dix ans parce qu’ils ne sont pas autorisés à investir plus de 10 % dans un même titre. N’oublions pas que Nortel représentait 37 % du TSX en 2000 et même au début de 2004, soit la plus grande capitalisation boursière au Canada. Si l’on retranche 1 % des rendements indiciels sur une longue période, pour tenir compte des frais de gestion des portefeuilles, un panier de FCP l’emporte sur l’indice. Le rendement n’est pas aussi important que ce que les médias laissent croire. Dans un contexte de portefeuilles de 50 000 $ au titre du REER et de droits inutilisés de cotisation de 400 milliards, votre conseiller fait sa part pour modifier le comportement des clients. Jusqu’à ce que la PF obtienne le statut de profession, le moyen le plus simple pour le conseiller de se faire rémunérer consistera dans une combinaison de frais et de commissions.
• Profession toujours en devenir – En 2004, le Conseil relatif aux standards des planificateurs financiers a publié ses normes et accru sa fonction de conformité. Il compte à présent environ 16 000 membres, ce qui en fait la principale organisation canadienne en matière de PF. Chaque membre se soumet à un examen de six heures et les membres reçus portent le titre de Certified Financial Planner. La compétence des CFP et leur professionnalisme s’apparentent beaucoup à ceux des membres de la profession de CA.
• Planification fiscale – À titre de CA, vous comprenez l’importance du rendement après impôt. Les valeurs vedettes des banques procurent des rendements d’environ 3 % au titre des dividendes. Les gains en capital sont imposés au plus bas taux, les dividendes arrivent en second et les REER permettent des reports d’impôt. Ce sont des éléments qui ne sont pas bien compris par le public. Comme l’épargnant recherche de bons rendements, le rendement des obligations à long terme a connu un déclin, en partie parce que les gens sont prêts à payer un prix élevé pour ces obligations.
• Planification successorale – Ce sera la tendance la plus marquée en PF, du fait que la population vieillit. Les économistes annoncent un transfert de 1,3 billion aux baby-boomers, que la plupart utiliseront pour rembourser leur hypothèque, acheter de plus grosses maisons ou rembourser des dettes. Eu égard aux droits inutilisés de cotisation aux REER de 400 milliards, soit le tiers de ce 1,3 billion, espérons qu’une partie des héritages ira aux REER.
• Rendement passé non garant de l’avenir – Parmi les placements les plus populaires dans les FCP figurent les fonds de dividendes, les fonds d’obligations et les fonds équilibrés canadiens. Le rendement passé n’est pas garant de l’avenir. Une mauvaise performance précède habituellement une bonne, et vice versa. Les statistiques en matière de rendement reposent fortement sur les fins d’exercice et il existe un parti pris important en faveur des fonds survivants. Supposons que votre FCP vedette a dégagé un rendement de 35 % les trois dernières années. Trois ans ne suffisent pas à démontrer quoi que ce soit. Si de fortes sommes ont été placées dans les minéraux et le pétrole, ce pourcentage n’est pas assez élevé. Il faut que les gestionnaires enregistrent des rendements à long terme réguliers.
• Produits financiers – Le nombre d’établissements financiers qui offrent des produits financiers continuera de diminuer, à mesure que les gros joueurs prendront de l’expansion. Il y a 15 ans, il y avait plus de 100 sociétés d’assurance-vie; aujourd’hui il y en a 80 % de moins. À mesure qu’elles continueront d’accroître leur part de marché, les banques devraient dominer le marché de la vente des produits et les coûts des produits financiers diminueront.
• Bas taux d’intérêt – Du point de vue d’un économiste, les taux d’intérêt ne sont pas bas. Qui aurait pensé que l’inflation se résorberait ou que le Canada enregistrerait des excédents budgétaires? Cette tendance pourrait se poursuivre. Si les taux d’intérêt augmentent, le principal ralentissement aura lieu dans l’immobilier — ralentissement et non effondrement. On croit généralement que l’immobilier constitue le meilleur investissement. Or, à long terme, le prix des maisons n’augmente pas plus vite que les revenus. Les actifs financiers offrent donc un meilleur potentiel.
Ian Davidson, M.B.A., CFP, CA, de Gestion de Capital Assante, dirige cette rubrique.
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