Les entrepreneurs à l’aube de la retraite
Plus de la moitié des propriétaires canadiens de PME devraient prendre leur retraite d’ici 15 ans — sont-ils prêts?
Les Canadiens vieillissent, et les entrepreneurs canadiens, plus rapidement encore. Selon une étude récente de la CIBC, le nombre de travailleurs autonomes qui approchent de l’âge de la retraite (âgés de 55 à 64 ans) est en progression rapide depuis quelques années, faisant un bond spectaculaire de 7,5 % annuellement depuis le début de la décennie. Ce taux de croissance est le double de celui constaté dans les années 1990. Le cinquième des propriétaires de PME (soit plus de 500 000 personnes) prévoient prendre leur retraite au cours des cinq prochaines années, et un autre 30 % d’ici 2020. C’est dire que dans les 15 prochaines années, plus de la moitié des propriétaires actuels de PME devraient prendre leur retraite. Les comptables agréés ont un rôle à jouer afin de faciliter cette transition vers la retraite.
Tableau 1 La retraite approche rapidement pour les entrepreneurs

Tableau 2 Date prévue de la retraite des entrepreneurs

La planification de la relève prend une importance de plus en plus cruciale D’ici la fin de la décennie, quelque 1,2 billion de dollars d’actifs d’entreprise changeront de mains, le plus important transfert de pouvoir économique depuis des générations. Par conséquent, une planification de la relève déficiente pourrait entraîner des coûts économiques importants sous forme de baisse de la productivité, de pertes d’emplois, de ventes prématurées et de faillites plus nombreuses. Pourtant, deux propriétaires de PME sur cinq seulement ont un plan défini pour quitter leur entreprise. En outre, à cette étape, l’une des forces principales des PME, soit le rôle central joué par le propriétaire dans la quasi-totalité des aspects de l’entreprise, devient aussi l’une de leurs faiblesses principales, puisque la planification de la relève exige souvent des années, et non des jours ou des mois. Il n’en demeure pas moins que 60 % des entrepreneurs âgés de 55 ans à 64 ans n’ont pas encore commencé à discuter d’une stratégie de sortie avec leur famille ou leurs associés. Les CA et autres professionnels de la finance peuvent sensibiliser les propriétaires de PME à la nécessité de commencer à planifier la relève bien avant le moment prévu de la retraite.
On retiendra également que parmi les propriétaires de PME âgés de 55 à 64 ans, 15 % seulement ont décidé de transférer ou de vendre leur entreprise à un membre de leur famille (principalement leurs enfants).
Tableau 3 La prochaine génération d’entreprises familiales

Un autre 40 % des propriétaires de PME prévoient vendre leur entreprise à des tiers. Ce sont les entrepreneurs en Alberta et dans la région du centre des Prairies qui montrent le niveau le plus élevé d’intention de vendre, ce qui reflète vraisemblablement la forte concentration de PME dans le secteur primaire dans cette partie du pays. Les travailleurs autonomes en Ontario et au Québec sont moins portés à vendre leur entreprise, ce qui n’est pas étonnant compte tenu de la prédominance des entreprises de services où le propriétaire est, en fait, l’entreprise.
Bien que de nombreux entrepreneurs prévoient vendre leur entreprise, ils n’en connaissent pas nécessairement bien la valeur. Les CA peuvent contribuer à leur fournir les outils nécessaires afin d’évaluer adéquatement l’entreprise. Il sera ainsi plus facile de déterminer le revenu dont l’entrepreneur pourra disposer à sa retraite.
Tableau 4 Propriétaires qui prévoient vendre leur entreprise

N.B. : Le tableau ci-dessus et l’analyse concernant le pourcentage d’entrepreneurs qui prévoient vendre leur entreprise tiennent compte des indécis et de ceux qui n’ont pas répondu à la question.
Les entrepreneurs qui sont le plus près de la retraite Pour ce qui a trait aux entrepreneurs qui prévoient prendre leur retraite d’ici la fin de la décennie, la plupart des régions sont comparables, à l’exception du Québec. Les propriétaires de PME en Saskatchewan, dans les provinces de l’Atlantique et en Alberta sont les plus désireux de prendre leur retraite, près du quart d’entre eux prévoyant laisser le marché du travail au cours des cinq prochaines années. Seuls l’Ontario et le Québec se situent sous la moyenne nationale de 22 % des propriétaires de PME qui prévoient prendre leur retraite d’ici 2010. La concentration plus élevée d’entrepreneurs dans les entreprises de services et de technologie dans ces provinces, moins exigeantes sur le plan physique, peut expliquer que ceux-ci ne soient pas pressés de prendre leur retraite.
Lorsqu’on étudie la situation par secteur, on constate que le secteur du tourisme comprend le nombre le plus élevé de travailleurs autonomes qui approchent de la retraite, suivi du secteur primaire et de l’alimentation. Dans le secteur de la technologie, par comparaison, seulement un entrepreneur sur six prévoit prendre sa retraite d’ici la fin de la décennie. Cela reflète non seulement la relative jeunesse des entrepreneurs dans ce secteur, mais aussi le fait que ce dernier est composé très majoritairement de petites entreprises ou de personnes qui travaillent à la maison.
Les entrepreneurs canadiens sont-ils préparés à prendre leur retraite? Outre les conséquences macroéconomiques de la relève des PME, il faut s’attarder aux répercussions microéconomiques pour les propriétaires de PME eux-mêmes. Notamment, les entrepreneurs sont-ils prêts financièrement à prendre leur retraite? Il va sans dire que l’optimisme est un ingrédient important du succès d’un entrepreneur. D’ailleurs, dans tous les sondages, les propriétaires de PME affichent cet optimisme inhérent. Mais leurs plans de retraite sont-ils réalistes?
Il y a parfois un fossé entre les plans et la réalité. Comme le souligne la récente étude de la CIBC intitulée Les PME canadiennes : retour en force, le nombre de travailleurs autonomes qui travaillent toujours après avoir atteint l’âge de la retraite est à la hausse.
Tableau 5 Le nombre de travailleurs autonomes âgés de plus de 65 ans grimpe rapidement

En outre, les jeunes entrepreneurs semblent beaucoup plus optimistes en ce qui concerne leur âge de retraite prévu, puisque les travailleurs autonomes de moins de 35 ans prévoient, en moyenne, prendre leur retraite à 54 ans. Pour leur part, les travailleurs autonomes de 35 à 54 ans croient qu’ils prendront leur retraite à 59 ans, ce qui est beaucoup plus près de l’âge moyen de retraite réel des entrepreneurs, qui est de 62 ans. Si l’on ajoute à cela le fait que près du tiers des propriétaires de PME sont incertains de l’âge auquel ils prendront leur retraite, il y a lieu de croire qu’une retraite sans souci n’est pas vraiment une réalité pour de nombreux entrepreneurs canadiens.
Tableau 6 Âge de la retraite – Une cible mouvante pour les entrepreneurs canadiens

Le financement de la retraite Afin de mieux évaluer l’état de la préparation à la retraite des entrepreneurs canadiens, il faut examiner de plus près la façon dont les propriétaires de PME prévoient financer leur retraite.
Là encore, il y a une nette distinction entre les jeunes entrepreneurs et les entrepreneurs plus âgés. Les jeunes propriétaires de PME comptent beaucoup plus sur le produit de la vente de leur entreprise pour financer leurs besoins à la retraite et moins sur les pensions de l’État ou de sociétés. En vieillissant, les entrepreneurs comptent de moins en moins sur le produit de la vente de leur entreprise et de plus en plus sur ces régimes de pension. Bien que cet état de fait puisse refléter un certain cynisme parmi les jeunes Canadiens concernant la viabilité des régimes de retraite publics canadiens et québécois, il est probable qu’il traduise aussi leurs attentes irréalistes quant à la valeur éventuelle de leur entreprise. Les CA qui travaillent auprès des jeunes entrepreneurs peuvent leur fournir une opinion objective quant à la valeur de leur entreprise et les inciter à envisager d’autres sources de revenu de retraite. En moyenne, la vente de l’entreprise devrait générer environ 30 % du revenu de retraite des travailleurs autonomes, et les prestations de retraite, 16 %.
Les CA et les autres professionnels de la finance et du droit peuvent aider les entrepreneurs à explorer différentes options dans le cadre du transfert graduel de la propriété de leur entreprise et leur faire part de la possibilité de continuer à en tirer des revenus à titre d’actionnaires sans contrôle pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.
Tableau 7 Sources prévues de revenu de retraite
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Moyenne |
18-34 |
35-54 |
55-64 |
65+ |
Hommes Femmes |
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% |
% |
% |
% |
% |
% |
% |
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Vente de l'entreprise |
31,0 |
35,7 |
33,2 |
26,3 |
13,8 |
29,9 |
33,7 |
|
REER |
28,1 |
29,3 |
28,0 |
28,2 |
27,1 |
28,4 |
27,5 |
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Autres placements/revenus |
24,5 |
25,9 |
23,9 |
25,2 |
23,2 |
26,1 |
20,8 |
|
Régimes de retraite |
16,3 |
9,1 |
14,9 |
20,3 |
35,9 |
15,6 |
18,1 |
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100,0 |
100,0 |
100,0 |
100,0 |
100,0 |
100,0 |
100,0 |
N.B. : La somme des pourcentages n’égale pas toujours 100 % parce que les chiffres ont été arrondis ou en raison de réponses multiples.
Cotisations des entrepreneurs à leur REER Les REER et les autres placements jouent un rôle important dans les plans de retraite des entrepreneurs canadiens. Ces deux instruments représentent plus de la moitié de leur revenu de retraite prévu, et il y a peu de différences selon l’âge ou le revenu. Pour pouvoir compter sur ce type d’instruments, il faut avoir de la rigueur et s’y connaître un peu en matière de placements.
Les entrepreneurs canadiens cotisent-ils suffisamment à leur REER? Un examen rapide des chiffres permet de conclure que les travailleurs autonomes se fient plus à leur REER que les salariés. En fait, près de 70 % des propriétaires de PME ont un REER, comparativement à 55 % des salariés. Les travailleurs autonomes y cotisent également des montants plus élevés : en moyenne un peu plus de 6 000 $ par année. Ces cotisations sont de 25 % plus élevées que celles des salariés qui participent à des régimes de retraite de l’employeur, et plus de 50 % plus élevées que celles des salariés qui n’ont pas de régime de retraite de l’employeur. Compte tenu du fait que le revenu du travailleur autonome moyen est de 10 à 15 % moindre que celui des salariés, ces cotisations prennent une importance encore plus grande.
Tableau 8 Les propriétaires de PME cotisent plus

Mais c’est là le seul point positif. Un examen plus approfondi permet d’apercevoir de sombres nuages à l’horizon. Trente-cinq pour cent seulement des travailleurs autonomes ont cotisé à leur REER en 2003, et un cinquième seulement ont cotisé le maximum. La cotisation médiane au REER représente environ 10 % du revenu médian, ce qui est nettement en dessous du plafond de 18 %. Il n’est pas étonnant de constater que la part de ceux qui ont cotisé le maximum à leur REER augmente avec l’âge, mais même dans le groupe des 55 à 64 ans, le tiers seulement des propriétaires de PME ont cotisé le maximum à leur REER en 2003.
Tableau 9 Cotisations maximales au REER

En outre, malgré les données démographiques alarmantes déjà évoquées, le rythme auquel les propriétaires de PME cotisant à leur REER ralentit. Alors que le revenu médian des propriétaires de PME a augmenté de 10 % entre 1999 et 2002, la cotisation médiane au REER des travailleurs autonomes pour la même période a chuté de 3,8 %. Par conséquent, les droits de cotisation au REER inutilisés cumulatifs des travailleurs autonomes ont augmenté rapidement au cours des dernières années. À la fin de 2003, ils représentaient le montant ahurissant de 370 milliards de dollars, soit près de 20 000 $ par propriétaire de PME titulaire d’un REER. Les CA et les conseillers en services bancaires peuvent sensibiliser les entrepreneurs aux avantages de contribuer à un REER ainsi qu’au besoin de compléter les revenus de retraite qu’ils prévoient tirer de la vente de leur entreprise en versant des cotisations plus importantes à leur REER. Ce travail de sensibilisation est particulièrement important dans le cas des jeunes entrepreneurs, qui peuvent bénéficier de la capitalisation des intérêts sur un horizon de temps plus long.
Tableau 10 Croissance des droits de cotisation au REER inutilisés des travailleurs autonomes

Le ralentissement des cotisations au REER par les travailleurs autonomes n’est pas uniforme. Il y a un écart notable entre les régions et les groupes démographiques. La détérioration la plus rapide est constatée dans les provinces de l’Atlantique, où les droits de cotisation inutilisés moyens ont grimpé de près de 45 % depuis 1999, ce qui reflète manifestement la faible croissance des revenus dans la région ces dernières années. Seuls les propriétaires de PME au Québec ont augmenté les cotisations à leur REER entre 1990 et 2002.
Tableau 11 Baisse des cotisations au REER des entrepreneurs

Ce sont les propriétaires de PME dont le revenu est relativement faible qui sont entièrement responsables de la baisse des cotisations au REER entre 1999 et 2002. Au même moment, la cotisation moyenne des travailleurs autonomes qui gagnent plus de 80 000 $ par année a progressé de 13 %. En outre, c’est chez les hommes qu’est concentrée presque toute la baisse des cotisations totales au REER. En revanche, les cotisations chez les femmes ont augmenté de 2,3 % et le montant de leurs cotisations, de 4,2 %, entre 1999 et 2002.
Tableau 12 Les entrepreneurs à revenu élevé et les femmes cotisent plus à leur REER

Bien que le financement de la retraite constitue une priorité pour la plupart des gens, c’est particulièrement le cas pour les travailleurs autonomes. Les entrepreneurs canadiens ne sont pas aussi prêts pour la retraite qu’ils pourraient et devraient l’être, et le temps joue contre eux, compte tenu du nombre croissant de propriétaires de PME âgés de plus de 55 ans. Outre la planification de la retraite, puisque 1,2 milliard de dollars d’actifs commerciaux changeront de mains d’ici la fin de la décennie, la planification de la relève des entrepreneurs est d’une importance vitale pour éviter des répercussions en chaîne négatives sur l’économie canadienne. Des conseils professionnels et la diversification des sources de revenu peuvent permettre une transition harmonieuse vers la retraite pour les entrepreneurs canadiens.
Le présent article est fondé sur le rapport intitulé Les entrepreneurs canadiens sont-ils prêts pour la retraite?, produit par Marchés mondiaux CIBC. Le rapport original peut être consulté sous la rubrique «Centre de ressources» à l’adresse www.cibc.com/ca/small-business-fr.html.
Sauf mention contraire :
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les données de la présente étude proviennent du Profil des PME de 2004 de la Banque CIBC, de Statistique Canada et de Marchés mondiaux CIBC;
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les PME dont fait état la présente étude sont définies comme étant des entreprises comptant entre un et quinze employés, leur propriétaire compris, et dont le chiffre d’affaires de 2003 était inférieur à cinq millions de dollars;
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les pourcentages mentionnés dans le Profil des PME de 2004 de la Banque CIBC ne tiennent pas compte des indécis et de ceux qui n’ont pas répondu à la question.
Pour une discussion relativement aux conclusions du rapport, voir «Choc économique à l’horizon», mai 2005.
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Choc économique à l’horizon, par Gérard Bérubé, CAmagazine, mai 2005
La retraite : où, quand, comment?, par Gérard Bérubé, CAmagazine, avril 2005
La voie du succès dans les PME, CAmagazine, mars 2005
Les propriétaires de PME privilégient les REER, CAmagazine
La retraite progressive, par André Langlois, CAmagazine, mai 2004
Croissance des démarrages d'entreprises, CAmagazine, septembre 2004
Les entrepreneurs canadiens sont-ils prêts pour la retraite?, par Benjamin Tal, Marché mondiaux CIBC
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