août 2004 — ÉDITION IMPRIMÉE    
 
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Oui ou non au regroupement?

Par Marcel Côté

Marcel Côté

Les institutions structurant la vie économique et sociale doivent nécessairement s'adapter à l'évolution des besoins et de la technologie, ainsi qu'aux nouvelles façons de travailler. Les groupes professionnels, tels que les CA, les CGA et les CMA, ne peuvent y échapper, et les structures institutionnelles des professions comptables devront obligatoirement changer.

Le meilleur indicateur à cet égard réside dans la baisse de plus de 50 % du nombre d'étudiants. Même si cela est surtout dû à la diminution des emplois disponibles en cabinet, il n'en demeure pas moins que le nombre d'étudiants en gestion ne cesse de progresser. Par ailleurs, la profession n'attire plus les meilleurs éléments. Les diplômes d'études supérieures, les M.B.A. et les titres professionnels tels que CFA ont plus de valeur pour les jeunes, conscients du fait que le programme de formation des CA est axé sur l'expertise comptable, où les débouchés diminuent. Certains diront que les étudiants n'ont pas les moyens d'évaluer le mérite relatif de chaque diplôme ou titre professionnel. Je ne suis pas de cet avis, car leurs décisions sont fondées sur quantité d'informations.

La profession comptable a énormément évolué. La plupart des CA exercent des fonctions de gestion, dont les tâches diffèrent des activités traditionnelles des CA, mais ceux-ci considèrent que leur formation constitue une bonne préparation au travail en entreprise.

Au fil des années, les associations professionnelles de comptables sont devenues des institutions dont l'objectif est de protéger l'intérêt public en définissant et faisant respecter les critères professionnels permettant de s'assurer que l'information financière est communiquée dans une langue précise et homogène, et d'attester l'exactitude des états financiers. Elles sont aussi devenues des «confréries» partageant une formation et des valeurs communes. D'une certaine façon, ce rôle a pris plus d'importance, surtout pour les CMA et les CGA, dont le rôle en matière de certification a toujours été limité, mais aussi pour les CA, dont la majorité ne pratiquent plus l'expertise comptable mais demeurent attachés au titre de CA et au lien les unissant aux autres CA.

Ayant élargi leur champ d'expertise au-delà de l'expertise comptable et de la certification, les CA doivent en assumer les conséquences. Qu'il y ait ou non regroupement ne diminuera en rien les pressions qui, du fait même de cette diversification, s'exercent actuellement en faveur d'un changement radical des structures professionnelles. La plupart du temps, le CA d'aujourd'hui n'exerce pas l'expertise comptable, et ses besoins professionnels diffèrent grandement de ceux d'un expert-comptable. De plus, les compétences et la formation dont il a besoin sont passablement différentes de la formation qui prépare à l'EFU. Ce décalage explique sûrement la difficulté croissante d'attirer les étudiants, alors que les débouchés pour les personnes possédant une formation en finance et en comptabilité sont excellents. Cela justifie la proposition de restructuration, et plus particulièrement la définition de trois champs d'exercice.

N'étant pas moi-même CA, je suis moins touché par les conséquences du regroupement. Suis-je pour autant plus à même d'en évaluer les mérites? Je préfère ne pas me prononcer, mais je commenterai deux aspects du projet.

L'inclusion des groupes plus restreints des CMA et des CGA au sein de la profession de CA permettra à cette dernière de diversifier encore davantage son champ d'activités. L'ajout des activités de gestion au champ d'expertise des CA qui s'est produit au cours des 50 dernières années a-t-il été bénéfique? A-t-il nui le moindrement à la capacité de réglementer l'expertise comptable? Je ne le pense pas. C'est pourquoi il me semble difficile d'attaquer le projet sur ce point. Mais, compte tenu du signal qu'envoient les choix de carrière des étudiants, l'avenir des CA passe par un élargissement de leurs activités. Le regroupement permettrait aussi de réduire la confusion due à la multitude de titres comptables.

Le débat risque de tourner surtout autour de l'effet qu'aura une augmentation de 50 % du nombre de CA sur la valeur de ce titre. Je dois avouer que c'est davantage un problème interne aux professions comptables à la suite d'années de concurrence acharnée. Cependant, comme la plupart des CMA sont en entreprise, le fait de les intégrer à la profession n'y changera pas grand-chose.

Dans l'économie du savoir, la concurrence est beaucoup plus directe, les spécialistes sont nombreux et le travail de vérification proprement dit requiert moins de gens, du fait de la hausse de productivité. Parallèlement, les points de vue sur la gouvernance d'entreprise et l'indépendance des vérificateurs évoluent, et modifient la structure du secteur d'activité. Le regroupement est une décision mineure au regard de tous les changements auxquels la profession devra faire face. Le projet s'accompagne toutefois de changements significatifs dans la structure et le fonctionnement de la profession, qui en sont en fait les aspects les plus importants.


Marcel Côté est associé de Secor Inc. à Montréal.

 
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