juin-juillet 2004 — ÉDITION IMPRIMÉE    
 
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Un défi de taille

Par Marcel Côté

Marcel Côté

Nous aimons blâmer les gouvernements et dire qu'ils sont inefficaces, coûteux, interventionnistes, etc., mais nous leur confions des problèmes d'ordre collectif difficiles, voire impossibles à régler. Il faudrait peut-être y penser avant de leur jeter la pierre. Je vous invite donc à passer un test quant à votre capacité de régler un problème typique en ce début de XXIe siècle : l'obésité.

Plus de la moitié des Canadiens souffrent de problèmes de poids, et quelque 15 % des adultes sont même carrément obèses. L'indice de la masse corporelle (IMC) est une façon de mesurer notre état. L'IMC est égal au poids en kilos (1 kg = 2,2 lb), divisé par le carré de la taille en mètres (70 pouces = 1,78 mètre). Un IMC de 25 à 30 dénote un embonpoint, le seuil de l'obésité se situant au-delà de 30. Ainsi, un adulte de 1,78 m (5' 10") pesant plus de 95 kilos (209 lb) est obèse.

Ce fléau social moderne diminue jusqu'à sept années l'espérance de vie, il est la principale cause du diabète, une importante cause des maladies du cœur, des cancers, des maladies rénales et de l'arthrite. Grande source de mal-être, l'obésité est responsable de nombreux maux (essoufflement, fatigue, maux de dos, etc.). Son impact dépasse celui de l'alcoolisme et avoisine celui du tabagisme. L'obésité est aussi l'une des causes majeures de l'augmentation des coûts de la santé.

La crise atteint des proportions épidémiques et les jeunes en souffrent de plus en plus. Aux États-Unis, elle touche plus de 20 % des adolescents, ce qui augure très mal pour l'avenir. Notre société serait-elle minée par une nouvelle peste? Bien qu'il soit difficile de donner un ordre de grandeur, nul doute que le coût annuel pour corriger les impacts de notre excès de poids collectif dépasse le PIB de 1 %, et même de près de 2 %.

On en connaît tous les causes : trop de calories et pas assez d'exercice. Façonné par deux millions d'années d'évolution, le corps s'adapte au mode de vie du XXIe siècle en accumulant de la graisse. Un rapport du Center for Disease Control and Prevention d'Atlanta indique que les hommes adultes américains absorbent en moyenne 2 618 calories par jour, alors qu'ils n'en n'ont besoin que de 2 200, soit un surplus quotidien de 400 calories. Pour les femmes, ce surplus atteint 320 calories. Or, dès qu'on a consommé 7 700 calories en trop, on augmente son poids d'un kilo. Pas surprenant que, depuis 30 ans, le taux d'obésité ait doublé aux États-Unis. Le Canada se situe un peu mieux mais suit toutefois son voisin de près.

Nous mangeons trop et mal, et faisons de moins en moins d'exercice. Nous sommes devenus plus sédentaires, nos déplacements sont motorisés, nous marchons de moins en moins, et la télé et l'ordinateur bouffent nos loisirs. Petit à petit, nous diminuons le nombre de calories que nous brûlons.

Le combat contre l'obésité constitue un enjeu majeur de santé publique, donc un problème économique tout aussi grave. Or, que conseilleriez-vous à nos gouvernements pour enrayer ce fléau?

  • Manger moins : Comment éduque-t-on la population à moins manger et les jeunes à ne pas s'empiffrer? Doit-on interdire la vente de formats géants dans les cinémas? On a récemment sensibilisé les cafétérias scolaires à réduire les portions. Mais quelles solutions offre-t-on aux adultes, puisque c'est davantage à cet âge que le poids s'accumule?
  • Manger mieux : Doit-on bannir les aliments vides et obliger les fabricants à indiquer clairement et non en petits caractères le nombre de calories dans une portion normale? Comment promouvoir les fibres alimentaires et décourager la consommation d'aliments à calories vides, comme le pain blanc «enrichi de vitamines»?
  • Faire de l'exercice : Comment amener les Canadiens à marcher plus et à jouer davantage?
  • Responsabiliser les entreprises : L'obésité est un bel exemple de situation qui entraîne des coûts sociaux imposés par des entreprises à la poursuite de profits plus élevés. Doit-on alors obliger les acteurs de la chaîne alimentaire (fabricants, distributeurs, restaurateurs, etc.) à promouvoir la bonne alimentation et «taxer» les calories à tous les niveaux de cette chaîne?
  • Responsabiliser les individus : Devrait-on pénaliser les obèses, en partie responsables de l'augmentation des coûts de santé, et dont la tendance à trop manger et à ne pas faire assez d'exercice est à mettre dans la balance? Et qui doit-on blâmer pour l'obésité des jeunes? L'école, les parents, McDonald's, Coca-Cola?

Nous sommes face à un choix de société. Si c'était uniquement une responsabilité individuelle, ni la société ni les gouvernements n'auraient à s'en préoccuper. Mais le laisser-faire n'empêchera pas le mal de progresser et, devant la dégénérescence physique progressive à l'échelle planétaire et les coûts croissants qu'elle occasionne, la non-intervention a de moins en moins de sens.

Voilà qui nous oblige à re-questionner notre position en matière d'interventionnisme de l'État. Une épidémie d'ordre historique fait rage sur terre. Que peuvent ou doivent faire les gouvernements? Si vous avez des suggestions à leur égard, écrivez-moi. Je les partagerai avec les lecteurs.


Marcel Côté est associé de Secor Inc. à Montréal.