Naissance d'une profession
Par Cary List Illustration : Susanna Denti
L'élaboration de nouvelles normes placera la planification financière parmi les professions respectées
Selon le Dictionnaire actuel de l'éducation, une profession est une «activité professionnelle de caractère intellectuel, dont l'exercice exige des connaissances et des compétences de haut niveau». On pourrait ajouter que les membres d'une profession doivent respecter des normes élevées de compétence et d'éthique, s'engager à poursuivre leur formation professionnelle et être avant tout au service du public. Cette définition sert de fondement aux nouvelles normes du Conseil relatif aux standards des planificateurs financiers (FPSC) sur l'exercice de la planification financière, les compétences et la formation, dans le but d'assurer que le «métier» de planificateur financier, par l'intermédiaire du professionnel portant le titre de CFP, trouve sa place parmi les professions. Le FPSC a fait un pas de géant lorsqu'il a publié en octobre 2003 le premier référentiel de principes de planification financière généralement reconnus et fourni pour la première fois une définition claire sur laquelle la profession peut s'établir. Cette définition distingue la planification financière des autres formes de conseils financiers ou d'intermédiation.
Les normes professionnelles du FPSC constituent la première d'une série d'initiatives dans le cadre de l'amélioration des normes à l'intention des professionnels portant le titre de CFP. Les normes s'appuient sur la définition suivante : [traduction] «la planification financière est le processus de conception de stratégies pour la gestion des affaires financières d'un client, en tenant compte de tous les aspects pertinents de sa situation, dans le but de lui faire atteindre ses objectifs personnels». Elles s'articulent autour d'une prémisse fondamentale : la planification financière doit être reconnue comme une profession, par l'industrie elle-même et par le public, afin de répondre aux besoins grandissants du public pour des services professionnels et objectifs. On ne parvient pas à une telle reconnaissance sans normes professionnelles élevées.
Constitué en 1995, le FPSC a réuni divers groupes de l'industrie dans le but de les fondre en un organisme attribuant un titre unique en planification financière — celui de CFP. Personne ne se doutait que les neuf années suivantes seraient aussi difficiles, intéressantes ou fructueuses. Le parcours a connu bien des détours, mais il a toujours été clair. Le FPSC n'a jamais perdu de vue son mandat de protection du public et d'avancement de la profession par l'établissement et la mise en application de normes élevées de compétence et de comportement éthique à l'intention des détenteurs du titre de CFP. À l'heure actuelle, les normes du FPSC exigent des CFP qu'ils aient au moins deux années d'expérience, aient suivi un programme de formation reconnu, aient réussi à l'examen des CFP (bi-annuel, à l'échelle nationale, d'une durée de six heures et dans les deux langues officielles) et s'engagent à respecter le code de déontologie des CFP. L'établissement des nouvelles normes représente l'étape logique suivante.
Les normes professionnelles concernant la planification financière sont élaborées à partir du processus de planification financière déjà largement reconnu et s'arriment au code de déontologie du FPSC. Elles clarifient les rôles et responsabilités respectifs des professionnels et du public dans une mission de planification financière. Avec l'entrée en vigueur de ces normes, le FPSC prévoit qu'il y aura une plus grande uniformité du service, et moins de confusion et de malentendus entre clients et planificateurs. À la longue, le FPSC s'attend à ce que ces normes entraînent une confiance accrue et la reconnaissance de la planification financière en tant que profession.
Les 10 nouvelles normes (de 100 à 600) sont classées suivant l'ordre du processus même de planification financière. Elles portent sur l'établissement de la mission, la collecte de renseignements de nature financière ou autre, la clarification des renseignements fournis par le client et de ses objectifs, l'élaboration et la présentation d'un plan financier, la mise en œuvre du plan et l'examen périodique.
Chaque norme comprend une interprétation et des explications visant à lui assurer une plus grande clarté. Par exemple, la norme 100 porte sur l'établissement d'une mission et précise que «le client et le planificateur définiront d'un commun accord la portée de l'entente de planification financière». L'interprétation porte plus particulièrement sur la préparation d'une lettre de mission et indique quels éléments, au minimum, devraient figurer dans cette lettre. La norme 100 fournit également une interprétation élargie de la définition de la planification financière, en donnant des indications sur la planification modulaire, ou segmentée, par opposition à la planification financière globale. Elle contient en outre des dispositions relatives aux ententes ne prévoyant pas la prestation de services de mise en œuvre ou d'examen.
Une exigence importante, et peut-être controversée dans une certaine mesure, s'applique aux missions de planification non financière; ainsi, lorsque sa mission ne prévoit pas la prestation de services de planification financière, le praticien CFP doit communiquer ce fait s'il existe une probabilité raisonnable que le client considère à tort que les services fournis relèvent de la planification financière. Cette disposition a provoqué passablement de discussions et a subi des modifications importantes avant l'établissement du plus récent libellé du projet. Parmi les critiques suscitées, certains prétendaient qu'elle ouvrait la voie à un contrôle trop important sur les CFP, et d'autres qu'elle leur laissait trop de latitude en leur permettant de se dégager de leur responsabilité professionnelle. Le FPSC a possiblement trouvé le juste équilibre. En fait, les deux arguments sont discutables. Dans son libellé actuel, la disposition fait en sorte que les CA ou les autres professionnels ne sont pas tenus de respecter les normes professionnelles de planification financière dans les missions n'ayant pas pour objet la planification financière (p. ex., services de fiscalité d'entreprise ou de comptabilité). En même temps, la disposition permet d'assurer que ceux qui offrent des services de planification financière se conforment aux normes professionnelles ou qu'ils informent leurs clients que les services offerts ne sont pas des services de planification financière (lorsqu'on pourrait croire qu'ils offrent de tels services — p. ex., s'ils vendent directement des parts de fonds communs).
Un récent sondage laisse pourtant entendre que près de la moitié des professionnels détenant le titre de CFP fournissent des services de planification financière globale à moins de 25 % de leurs clients. L'exigence de communication liée aux missions de planification non financière empêche les CFP d'utiliser la planification financière comme outil de marketing pour vendre des fonds communs ou d'autres produits. Le FPSC n'empêche pas, et ne peut empêcher, les CFP de gagner leur vie en vendant des valeurs mobilières en dehors du cadre des services de planification financière, mais il peut s'assurer, par l'intermédiaire des activités des CFP, que le public voit bien la différence entre la planification financière et d'autres formes de conseils financiers ou de vente de produits. Or, selon un sondage récent commandé par le FPSC, moins de 25 % des Canadiens qui ont utilisé les services d'un planificateur financier l'ont payé directement pour ces services.
L'idée selon laquelle le client n'est pas encore convaincu qu'il vaut la peine de payer pour des services de planification financière subsiste toujours et on ne peut que se demander pourquoi. Il se peut que la nature globale de la planification financière ne soit toujours pas bien comprise ou que le public croie que ce service est tout simplement gratuit. En fait, selon le même sondage mené auprès de consommateurs, plus de 70 % des Canadiens estiment qu'il est assez important d'avoir un plan financier, mais seulement 37 % ont un plan écrit, et moins de 60 % d'entre eux ont eu recours aux services d'un planificateur financier pour le dresser.
De toute évidence, la proposition selon laquelle les services professionnels de planification financière ont une valeur n'est pas encore généralement acceptée. Avec la finalisation des normes l'an prochain, le FPSC prévoit publier des textes accessibles visant à expliquer ces normes au public, pour l'aider à mieux comprendre non seulement son rôle dans le processus de planification financière, mais également les avantages et la valeur de la planification financière. Il ne fait nul doute que la sensibilisation du public à la valeur et à la complexité de la planification financière sera avantageuse pour celui-ci et la profession.
L'utilité des normes de travail repose sur les connaissances, compétences et habiletés des personnes qui sont tenues de les respecter. Dans cette optique, le prochain défi du FPSC consistera à réévaluer, en se fondant en partie sur les normes de travail inscrites dans les normes professionnelles, les connaissances et compétences requises des personnes qui seront autorisées à porter le titre de CFP. Les nouvelles normes d'expertise permettront d'établir un nouveau programme pour l'examen des CFP de 2006, et de nouvelles exigences de formation connexes, à compter de 2005.
Les nouvelles normes d'expertise seront fondées sur des compétences plutôt que sur des connaissances. Comme ce fut le cas dans l'élaboration récente du profil CA, le FPSC a adopté un modèle s'articulant autour d'«énoncés de compétence» et des connaissances connexes qui sont requises pour appliquer, avec un niveau de maîtrise approprié, les compétences énoncées.
Les énoncés de compétence définissent clairement une profession donnée. Ce sont des énoncés de travail essentiels à cette profession, qui reflètent des comportements observables et représentent des actions qui, lorsqu'elles sont menées avec succès, ont pour effet la livraison du produit, la prestation du service, la prise de décisions ou d'autres résultats observables. Cette approche s'éloigne de façon marquée de l'approche actuelle, basée sur un programme énonçant les connaissances exigées du candidat à la profession, sans préciser la manière dont celles-ci seraient appliquées ni les résultats attendus.
Au cours de la réalisation de ce projet, un certain nombre de notions clés ont émergé. La première se résume à la capacité d'intégrer des renseignements provenant de divers domaines de connaissances sous-jacentes, qui représente une compétence fondamentale des CFP. Les CFP doivent posséder des connaissances qui peuvent ressembler à celles qui sont attendues d'autres professionnels (p. ex., lois fiscales, prestations gouvernementales, principes d'investissement, produits d'assurance), mais ils doivent les appliquer dans l'exercice de six activités distinctes, bien qu'intimement liées entre elles : gestion des finances personnelles, gestion des risques, planification des placements, planification fiscale, planification de la retraite et planification successorale. Même s'ils n'entreprennent pas une planification portant sur l'ensemble de ces activités, les CFP doivent tenir compte de tous les aspects pertinents de la situation financière du client et en faire la synthèse dans de multiples domaines afin de générer un plan pour ce client.
Le milieu universitaire réagit déjà pour s'adapter à ce profil en émergence. Au premier cycle, des programmes nouveaux ou projetés portent la formation à un autre niveau, et certains établissements enrichissent leurs programmes existants. Le FPSC a aussi projeté d'établir une fondation indépendante pour la planification financière, ayant pour mandat d'enrichir et de développer davantage la recherche et la formation universitaires en cette matière.
Quant à l'avenir, on peut envisager une modification de la facture de l'examen de 2006, et le titre de CFP pourrait devenir plus difficile à obtenir. En outre, grâce à l'élaboration des normes axées sur les compétences et la maîtrise de ces compétences, la planification financière prendra sa place aux côtés d'autres professions respectées, et le titre de CFP continuera à se développer en tant que marque des professionnels de la planification financière.
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Projet de normes professionnelles sur la planification financière au Canada Conseil relatif aux standards des planificateurs financiers Septembre 2003
100 Établissement de la mission : définir les conditions de la mission The Le client et le CFP définissent d'un commun accord la portée de la mission de planification financière. Les détails concernant les responsabilités de chaque partie, les échéanciers et la rémunération, ainsi que les dispositions concernant les conflits d'intérêts seront consignés par écrit dans une lettre de mission que signeront les deux parties. 200-A Collecte des renseignements du client : cerner les objectifs, besoins et priorités du client Le CFP examine avec le client quels sont ses objectifs, besoins et priorités sur le plan financier, avant de formuler et/ou d'appliquer des conseils ou des recommandations. 200-B Collecte des renseignements du client : obtenir les renseignements quantitatifs et les documents pertinents Le CFP recueille tous les renseignements pertinents concernant la situation financière actuelle du client. Il obtient suffisamment de renseignements et de documents pertinents auprès du client avant de formuler et/ou d'appliquer des conseils ou des recommandations. 300 Clarification de la situation financière actuelle du client et identification des problèmes et/ou opportunités : analyser et évaluer l'information relative aux objectifs, besoins et priorités du client Le CFP analyse toutes les données qu'il a en main afin d'avoir un portrait de la situation financière actuelle du client, et évalue la mesure dans laquelle les objectifs, besoins et priorités du client peuvent être satisfaits dans les circonstances.
400-A Élaboration et présentation du plan financier : formuler et évaluer les stratégies de planification financière Le CFP formule et évalue des stratégies de planification financière qui permettront au client de satisfaire aux objectifs, besoins et priorités établis. 400-B Élaboration et présentation du plan financier : élaborer et présenter les recommandations en matière de planification financière Le CFP élabore des recommandations qui permettront au client de satisfaire aux objectifs, besoins et priorités établis, et communique ces recommandations d'une façon compréhensible pour le client.
500-A Mise en œuvre du plan financier : convenir des mesures à prendre, des responsabilités et des échéanciers Le client et le CFP conviennent des mesures à prendre, des responsabilités et des échéanciers relatifs à la mise en œuvre du plan. 500-B Mise en œuvre du plan financier : mettre le plan en œuvre Le client et le CFP prennent les mesures nécessaires à l'application des recommandations approuvées. 600-A Révision du plan financier : convenir des responsabilités et de l'échéancier relatifs à la révision et à la réévaluation du plan financier Le client et le CFP conviennent d'un échéancier en ce qui a trait au suivi et à l'évaluation du plan financier.
600-B Révision du plan financier : effectuer un suivi et évaluer le plan Le client et le CFP révisent le plan financier pour en évaluer la progression, pour déterminer s'il demeure approprié, et pour confirmer les modifications qu'ils estimeront tous deux nécessaires. |
Cary List, CFP, CA, est vice-président, Normes, au FPSC. Cette rubrique est dirigée par Ian Davidson, M.B.A., CFP, CA, de Assante Capital Management à Toronto.
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