mars 2004 — ÉDITION IMPRIMÉE    
 
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S'entendre avec son patron

Par Carolyn Cohen
Illustration : Katy Dockrill

Que faut-il faire lorsque les relations avec son patron sont tendues? Voici quelques conseils à l'usage de tout employé.

Caroline a quitté son emploi en finance pour un autre moins bien rémunéré, qui offre moins de possibilités d'avancement et allonge le temps de transport quotidien. Alors que son ancien patron ne semblait lui montrer aucun intérêt, était distant et parfois porté à l'humilier, son nouveau patron est sympathique, il s'informe régulièrement de sa famille et ne manque pas de la remercier et de la féliciter. Le changement en valait-il la peine? Seule Caroline peut répondre à cette question. En fait, chacun de nous a des raisons différentes de se rendre au travail le matin, ainsi que des critères uniques pour évaluer son expérience. Cependant, dans ce cas-ci, la question est de savoir si la solution au problème de Caroline — un patron difficile — consistait à quitter l'organisation.

Les théories actuelles laissent entendre que les employés quittent leur emploi à cause de superviseurs, directeurs ou patrons plutôt que pour des questions liées à l'entreprise, et c'est là que se trouve la clé de la rétention du personnel. Des articles antérieurs ont traité des possibilités qui s'offrent aux employeurs à cet égard. Voyons maintenant, en vue d'acquérir davantage de confiance en soi et d'autonomie, ce qu'un employé peut faire pour améliorer sa relation avec ses supérieurs.

Y a-t-il des avantages à tenter de gérer plus efficacement les relations avec un patron? Tout d'abord, une relation de travail plus satisfaisante entraînera vraisemblablement une réduction de votre niveau de stress, une augmentation de votre confiance en vous et un plus grand respect de vos collègues. Puis, il y a votre travail même. Une relation productive et harmonieuse augmentera probablement la satisfaction que vous retirez de votre travail et améliorera vos chances d'avancement. Parmi tous ces points positifs, quelques-uns vous concernent certainement.

Si tout cela semble impossible lorsque vous pensez à votre patron, gardez à l'esprit que l'objectif n'est pas d'établir une relation personnelle étroite et d'aller passer des fins de semaine ensemble à la campagne. Il faut simplement créer entre vous une interaction assez efficace pour répondre à vos besoins professionnels respectifs.

Avant tout, il importe de rappeler qu'on ne peut pas modifier le comportement d'autrui. Par contre, vous pouvez changer votre propre attitude, ce qui affectera souvent en retour celle des autres à votre égard. La grande question est de savoir quoi changer et comment. Comme pour la plupart des décisions importantes que l'on prend, il est préférable d'adopter une approche stratégique plutôt que d'y aller au hasard.

Connaître son patron et se connaître
Prenez du temps pour réfléchir à certaines choses. Pourquoi votre patron a-t-il été promu? Quels sont ses objectifs personnels? Quelles pressions subit-il au travail? Quelles sont ses forces et faiblesses? Est-il conscient de celles-ci? Qu'est-ce qui plaît tout particulièrement à votre patron? Qu'est-ce qui le fâche, le contrarie ou le rend impatient? À combien de ces questions pouvez-vous répondre? Il peut être utile de poser ces questions directement à votre patron, ou à vos collègues, ou d'être plus attentif à ce qui se passe autour de vous. Une meilleure connaissance des processus mentaux et des motivations d'une personne facilite la compréhension que l'on a de celle-ci et accroît notre tolérance et notre sympathie à son égard.

Parmi les nombreuses raisons d'apprendre à mieux se connaître, notons que cela contribue à améliorer les relations. Découvrir que l'on partage des valeurs, des objectifs, des peurs et des plaisirs avec une autre personne crée un lien et aide à prévoir la réaction de l'autre dans une situation donnée. Évidemment, vous ne pouvez découvrir de points communs sans savoir ce qui compte pour vous, ce qui vous rend vulnérable. En apparence, il peut sembler que vous n'ayez rien en commun avec votre patron. Bien que ce soit possible, ne tirez pas de conclusions hâtives. Il se peut que les comportements soient différents, mais que les principes qui les motivent soient sensiblement les mêmes. Par ailleurs, si vous êtes totalement honnête, vous découvrirez peut-être que votre comportement ressemble plus que vous ne voulez l'admettre à celui de votre patron. Souvent, ce qui vous irrite chez l'autre est un trait de personnalité que vous possédez et qui vous irrite. Plutôt que de vous en prendre à vous-même, vous dirigez votre colère et votre frustration contre votre patron. Posez-vous, à votre sujet, les mêmes questions qu'à propos de ce dernier, et voyez ce qui en ressort.

L'employé idéal
Un autre exercice utile consiste à découvrir l'idée que se fait votre patron de l'employé idéal et dans quelle mesure vous correspondez à ce modèle. Possédez-vous les qualités et compétences qu'il valorise? Le souhaiteriez-vous? Si vous pensez que votre emploi en vaut la peine, recherchez les mentors, les ouvrages et la formation qui vous permettront de vous améliorer. En temps opportun, vous pourrez aussi vous demander comment serait le patron idéal. Communiquez vos réflexions à votre patron et les adaptations qui en résulteront pourront être source de satisfaction pour chacun d'entre vous. S'il semble évident que vous n'êtes pas et ne serez probablement jamais l'employé idéal pour votre patron, vous travaillez peut-être au mauvais endroit. Si vous décidez de chercher un emploi ailleurs, vous aurez au moins les outils pour évaluer si les opportunités potentielles vous conviennent.

Cerner le problème et enclencher le processus de changement
Demandez-vous maintenant si le problème a trait à votre patron, à vous-même ou aux deux. Si vous croyez sincèrement que votre patron est à blâmer, vous pouvez commencer à l'amadouer en tentant de mieux lui plaire. Par exemple, si le stress de votre patron provient de son supérieur, essayez de terminer votre travail plus rapidement et avec plus de rigueur. Ainsi, votre patron et vous ferez meilleure impression aux échelons supérieurs. Si votre patron a de la difficulté à donner une image fidèle des activités du service lors des réunions de direction, fournissez-lui des notes cohérentes et exhaustives qu'il pourra inclure dans sa présentation. Observez un de vos collègues qui est en bons termes avec le patron. Comment se comporte-t-il avec lui? En quoi leur relation diffère-t-elle de la vôtre? Discutez-en avec le collègue en question et demandez-lui conseil. Si vous ne voyez pas pourquoi vous devriez faire les efforts alors que vous n'êtes pas la source du problème, la réponse est qu'un patron plus satisfait aura plus d'énergie à consacrer à vos besoins.

Si vous en arrivez à la conclusion que vous êtes à l'origine du problème, félicitez-vous d'avoir su reconnaître la vérité (même s'il n'y a pas de fierté à penser que l'on est la cause d'un problème). Ensuite, demandez-vous si le comportement responsable des frictions entre votre patron et vous a contaminé vos autres relations. Si tel est le cas, l'importance d'apporter des changements ne vous apparaîtra que plus grande. Si vous croyez toutefois que le problème se situe entre votre patron et vous, tentez de comprendre pourquoi celui-ci vous irrite aussi facilement. Vous rappelle-t-il quelqu'un? Essayez de contrôler vos comportements automatiques : avant de réagir, évaluez la situation et la manière dont vous souhaiteriez réagir. Il n'est peut-être pas avantageux d'agir comme vous l'avez fait par le passé, surtout si vos réactions n'ont pas porté fruit. En réfléchissant à la façon dont vous devriez réagir, vous pourrez envisager diverses options, choisir celle qui donne les meilleurs résultats et y gagner en contrôle.

L'amélioration de la relation avec votre patron est un défi qui ne peut être relevé pendant une pause, lorsque vous avez la tête ailleurs. Pour y arriver, il faut du temps, certaines capacités de recherche et d'analyse, et une bonne dose d'humilité. Entre-temps, voici quelques conseils qui pourraient vous être utiles.

  • Les félicitations comptent autant pour les patrons que pour les employés, pour autant qu'elles soient sincères.
  • Comme dans toute relation, il est important de savoir quand se battre et quand céder.
  • Les patrons ont aussi des patrons. S'il n'en tenait qu'au vôtre, peut-être vous donnerait-il plus de latitude. Mais la décision ne dépend peut-être pas de lui.
  • Les gens réfléchissent souvent aux incidences, pour eux, d'une situation donnée. Si vous soumettez une idée à votre patron, prenez le temps d'évaluer, de son point de vue, les avantages et les inconvénients.
  • Refuser (et fournir une justification) est parfois préférable à entreprendre une tâche pour ensuite tenter de camoufler son ressentiment.

Carolyn Cohen, CA, M.S.S. (c.cohen@sympatico.ca), est consultante en formation et en ressources humaines à Toronto, et elle dirige la présente rubrique.