Le langage XBRL (eXtensible Business Reporting Language) est en train de transformer radicalement la communication de l'information des entreprises aux investisseurs, aux marchés et aux autorités de réglementation.
Par Suzanne Hubbard
Plus que jamais auparavant, le sujet de l'information financière publiée par les sociétés se retrouve sous les feux de l'actualité. Jusqu'à présent, le débat portait surtout sur la nature des informations qui sont (ou ne sont pas) présentées, alors que l'autre grande question concerne la méthode qui sera utilisée pour communiquer ces informations dans le futur. Si les autorités de réglementation et les marchés se penchent sur la première question, on voit également apparaître des réponses à la deuxième. Le développement d'un nouveau langage Internet, eXtensible Business Reporting Language (XBRL), vient transformer radicalement la façon dont les entreprises peuvent fournir des informations aux investisseurs, aux opérateurs des marchés et aux autorités de réglementation, permettant désormais à chacun de ces groupes d'être mieux informés au moment de prendre des décisions.
Comme l'explique l'étude de PricewaterhouseCoopers, Technology Forecast 2003-2005: The Intelligent Real-Time Enterprise, sous sa forme la plus simple, XBRL constitue une méthode standard d'étiquetage de données dans un format interprétable par la plupart des logiciels. Le destinataire de l'information financière transmise sous ce format a la possibilité d'analyser et de catégoriser instantanément les données, sans avoir à les saisir de nouveau ou à en convertir le format. XBRL minimise donc la nécessité d'intervention humaine au moment d'échanger des informations financières et non financières entre les systèmes ou les organisations. De plus, il est indépendant de plate-forme, c'est-à-dire qu'il fonctionne sans égard au type d'ordinateur ou de logiciel.
Pourquoi XBRL?
Grâce à Internet, l'information voyage rapidement et aisément autour du monde et est accessible partout et en tout temps pour les utilisateurs du réseau. Les entreprises font largement usage d'Internet, qui forme désormais la base de leurs communications internes, et les normes Internet ouvertes constituent un élément-clé de toute plate-forme technologique. En conséquence, on assiste à une transformation continuelle de la façon dont les affaires sont conclues et réglementées. Il en résulte des occasions, mais aussi des risques qui demandent à être gérés.
Le monde des affaires évolue plus vite que jamais et les marchés financiers réclament haut et fort que la publication d'information suive le même rythme. Il est clair que la rapidité est essentielle. Malheureusement, l'exactitude risque d'en souffrir. En revanche, XBRL facilite la publication d'information par les sociétés et les gouvernements, ainsi que la consultation et l'analyse de cette information par les parties prenantes et les autorités de réglementation, le tout sans perte d'exactitude. Le principal avantage pour l'ensemble des participants à la chaîne de diffusion de l'information découlera des efforts collectifs visant à exploiter cette plate-forme d'information à accès Internet.
Plus l'information voyage vite et loin, plus il devient évident que le papier détient peu d'avantages — sinon aucun — sur l'information électronique. La communication électronique constitue un moyen plus rapide, moins cher et plus efficace de rejoindre un public mondial. Désormais, lorsqu'il s'agit d'obtenir en temps opportun les informations fournies par les entreprises, les gens se tournent automatiquement vers Internet.
Cependant, Internet n'offre pas encore à ses utilisateurs une fonctionnalité uniforme pour l'extraction et l'analyse de l'information, notamment les renseignements que les entreprises disséminent dans leurs rapports annuels, communiqués de presse et autres publications placées en ligne. Un aspect de la situation s'apprête à changer, puisque XBRL fournit désormais une méthode commune d'échange d'information entre des systèmes disparates.
L'étiquetage de l'information
Lorsqu'une organisation a déjà recours à Internet pour le partage de l'information financière à des fins internes, il lui suffit d'y ajouter les étiquettes reconnues par XBRL pour utiliser ce nouvel outil. Des extraits de l'information électronique architecturée autour d'XBRL peuvent alors être publiés sur des sites Web sous forme de documents ordinaires, ce qui permet à des utilisateurs internes et externes de rechercher, d'identifier et de sélectionner cette information, puis de l'importer directement dans les logiciels de leurs ordinateurs. Cette nouvelle technologie Internet va permettre d'atteindre des niveaux de connectabilité sans précédent entre les sociétés, les personnes et les autorités de réglementation, améliorant ainsi l'efficacité des échanges d'information. Les entreprises seront en mesure de mieux communiquer l'information financière, tant à l'interne qu'à l'externe, ce qui bénéficiera à tous les partenaires de la chaîne de diffusion de l'information.
Les scandales financiers ont mis en lumière la nécessité, pour les sociétés, de faire preuve de transparence et de changer leur façon de communiquer l'information aux investisseurs et aux marchés financiers. Les autorités de réglementation réclament des informations plus complètes, transmises plus rapidement, ainsi que de nouveaux types d'information. Là encore, XBRL fait partie de la solution quant à la façon dont l'information est recueillie, regroupée et publiée. XBRL permet la présentation des données de base sous de multiples formats et est donc suffisamment flexible pour offrir de nouveaux types de rapports et accepter du contenu supplémentaire.
Le mode de communication des informations (la forme et la présentation) ayant autant d'importance que les informations elles-mêmes (le contenu), les premiers utilisateurs d'XBRL font valoir l'importance de la forme. L'évolution des formes de l'information — des tablettes d'argile aux documents imprimés en passant par le courriel, les pages Web et les fichiers PDF, pour aboutir à XBRL — est au cœur des progrès vers une plus grande transparence des marchés financiers. La plus récente de ces formes d'information, XBRL constitue un langage compréhensible à la fois par les ordinateurs et les humains. Du fait qu'il est élaboré en collaboration, son contenu jouit d'une large reconnaissance.
XBRL permet aussi de visualiser la manière dont se combinent les différents blocs fonctionnels du langage pour constituer un document de synthèse tel qu'un jeu d'états financiers. Il est ainsi possible, en appuyant simplement sur un bouton, de comparer différents modules en voyant de quels blocs fonctionnels standard XBRL ils se composent. Par conséquent, l'appui le plus solide à cette nouvelle technologie devrait venir du secteur du marché des capitaux et des services financiers et de celui des organismes gouvernementaux de réglementation. Tous deux devraient bénéficier d'une information mieux utilisable, qui facilite les analyses ciblées, permet de comparer plus facilement les entreprises entre elles et d'un secteur d'activité à l'autre et, ultimement, accélère la prise de décisions.
Un mouvement mondial
Avec l'arrivée d'XBRL, les secteurs de la comptabilité, de l'information financière, de la fiscalité, de l'assurance, des déclarations réglementaires ainsi que d'autres domaines sont appelés à connaître une transformation. XBRL a des implications profondes, et ce, précisément parce que la publication de l'information concerne un grand nombre de décideurs dans toutes les entreprises, à chaque étape de la chaîne d'approvisionnement. De plus, XBRL reçoit un appui inégalé des normalisateurs comptables et des ordres professionnels dans le monde. Son succès est donc virtuellement assuré grâce à XBRL International, consortium remarquablement vaste créé en 1999 et regroupant plus de 300 membres. (PricewaterhouseCoopers faisait partie des 13 membres fondateurs.) Les membres se sont engagés à incorporer à leurs produits et services le résultat des travaux du consortium.
À l'échelle nationale, XBRL Canada s'active à promouvoir XBRL, cherche à recruter de nouveaux membres et se trouve au stade final de l'élaboration d'une taxonomie canadienne. (Une taxonomie est en quelque sorte un dictionnaire des termes utilisés pour «étiqueter» les données afin de représenter un ensemble standard d'informations.) La taxonomie canadienne va représenter un jeu standard d'états financiers préparés selon les principes comptables généralement reconnus (PCGR) au Canada. Des projets similaires ont abouti récemment à l'élaboration de taxonomies adaptées aux PCGR américains et aux normes comptables internationales. Parmi les membres d'XBRL Canada, on compte l'ADRC, l'ICCA, la Banque Royale, Fujitsu, Corel, PricewaterhouseCoopers, Statistique Canada et bien d'autres. Pour de plus amples renseignements sur XBRL Canada et ses activités, vous pouvez consulter http://www.xbrl.ca/.
Un certain nombre d'organisations et de sociétés de premier plan, dont Edgar-Online, Morgan Stanley, Reuters et Microsoft, utilisent déjà XBRL pour la publication de leurs informations. De même, plusieurs organismes de réglementation nationaux, dont l'Inland Revenue (Royaume-Uni), la FDIC (États-Unis), la Commerce and Companies Agency (Danemark) ainsi que la National Tax Agency (Japon), utilisent XBRL, l'ont approuvé ou s'y sont montrés intéressés.
XBRL suscite un intérêt croissant, mais du temps et des efforts supplémentaires seront nécessaires pour atteindre une masse critique dans les marchés importants. Les efforts d'XBRL Canada, de concert avec le consortium XBRL International, permettent de croire que ce n'est qu'une question de temps avant qu'XBRL soit adopté comme norme mondiale d'information financière.
|
Au-delà d'XBRL Parmi les autres technologies clés dont il est question dans l'étude Technology Forecast, on trouve les suivantes :
• Systèmes de veille stratégique : Leur portée a été accrue afin d'offrir des fonctions de surveillance et de gestion en temps réel des opérations et des processus d'affaires. Ces systèmes peuvent ainsi envoyer des messages d'avertissement lorsqu'un événement important se produit ou lorsqu'une situation imprévue vient perturber le déroulement normal des activités. Il est également possible d'exercer une surveillance continue des indicateurs de rendement cruciaux et de les afficher sur des tableaux de bord numériques conçus pour répondre aux besoins particuliers de chaque personne, depuis le responsable de la logistique jusqu'au directeur financier.
• Technologies d'intégration : Elles ont considérablement évolué par rapport à la génération précédente d'intergiciels d'intégration d'applications d'entreprise. Les nouveaux serveurs d'intégration des processus font appel à des modèles logiques explicites pour le traitement des processus et offrent des fonctions supplémentaires pour le traitement des opérations de longue durée ou de courte durée. Les processus liés aux opérations de longue durée jouent un rôle extrêmement important dans l'intégration interentreprises. En effet, il n'est pas souhaitable que le déroulement d'un processus soit interrompu en attente de la réponse d'un partenaire commercial, ce qui était pourtant le cas avec la génération précédente d'intergiciels.
• Gestion des événements de la chaîne d'approvisionnement : Il est désormais possible d'obtenir de l'information en temps réel sur l'état d'une commande ou le niveau des stocks, ainsi que sur d'autres événements liés à la chaîne d'approvisionnement tels que les livraisons, les expéditions ou la production. Ces fonctionnalités sont appelées à se multiplier au cours des prochaines années grâce à l'utilisation accrue des technologies d'identification par radiofréquence (IRF). L'utilisation des technologies IRF repose sur des étiquettes que l'on appose sur les palettes, les boîtes et les articles en stock, et qui sont ensuite lues de façon électronique.
• Utilisation accrue du langage XML : C'est sur cette base que se fera l'élaboration de caractéristiques et de normes en vue d'automatiser les processus d'affaires qui interviennent au sein des entreprises et entre celles-ci. Le langage XML sert également de fondement à la mise en œuvre de nouveaux services offerts sur le Web qui remplaceront tôt ou tard le modèle actuel, c'est-à-dire la consultation de pages Web par les utilisateurs, par un nouveau modèle axé sur des communications automatisées entre les logiciels, ce qui permettra d'accéder à l'information et de procéder à son traitement sans intervention humaine. Par exemple, il serait possible, à l'aide d'un programme d'analyse financière, d'extraire automatiquement les rapports financiers d'une entreprise qui sont en format XBRL, ce qui éviterait ainsi aux investisseurs d'avoir à chercher et à télécharger eux-mêmes l'information.
Pour de plus amples renseignements sur l'étude de PricewaterhouseCoopers, Technology Forecast 2003-2005: The Intelligent Real-Time Enterprise, consultez pwc.com/techforecast (disponible en anglais seulement). |
Suzanne Hubbard (suzanne.j.hubbard@ca.pwc.com) est associée de PricewaterhouseCoopers s.r.l. à Kitchener (Ontario). Elle est chef du projet XBRL pour le Canada.