Les baby-boomers à la merci du destin? Pas si les CA s'en mêlent.
Par Taylor Train
Des millions de baby-boomers vont prendre leur retraite au cours des 20 prochaines années. Or, si tous aspirent à la retraite, peu d'entre eux planifient en conséquence. Par exemple, nombre de retraités ont un revenu personnel moindre et des dettes considérables, et les coûts de soins de santé augmentent sans cesse à mesure qu'ils avancent en âge. Par conséquent, si certaines craintes légitimes à l'égard du RPC/RRQ et même des régimes de retraite des employeurs (pour ceux qui ont la chance de participer à ce genre de régime) se confirment, on peut comprendre facilement que la pauvreté chez les personnes âgées pourrait à l'avenir devenir un problème plus aigu encore que la pauvreté infantile. Les CA comptent probablement parmi les quelques professionnels qui sont parfaitement en mesure d'aider les Canadiens à résoudre les questions relatives à la retraite.
Une population active âgée
Selon Statistique Canada, la moitié des travailleurs canadiens aura 55 ans ou plus en 2012, et près d'un quart aura plus de 60 ans. Les Canadiens grisonnants ont raison de s'inquiéter de l'augmentation continue des coûts liés aux soins de santé et de la fragilité du filet de sécurité sociale.
En janvier 2003, Desjardins Sécurité financière a demandé à la maison de sondages SOM de procéder à une enquête auprès de 1 000 adultes canadiens. Seuls 24 % des Canadiens de moins de 65 ans qui n'ont pas encore pris une retraite complète croient que le gouvernement fédéral sera en mesure de remplir ses obligations dans les années à venir. Les Québécois (71 %) n'ont pas davantage confiance en la capacité du gouvernement provincial de leur verser des prestations dans le cadre du Régime de rentes du Québec.
Le sondage de Desjardins a révélé également que près de la moitié des Canadiens qui ont un emploi rémunéré participent à un régime de retraite de leur employeur, mais moins de la moitié croient que leur employeur pourra leur verser des prestations.
Dans un ouvrage intitulé 2015: After the Boom: How to Prosper Through the Coming Retirement Crisis, l'auteur Garth Turner se dit d'avis qu'en 2015, le Régime de pensions du Canada sera en faillite et que la prochaine génération de retraités, soit neuf millions de Canadiens, sera oubliée. Il croit que le gouvernement canadien, confronté à une diminution du nombre des contribuables et à la hausse des coûts des programmes sociaux, ne sera pas en mesure d'aider les baby-boomers.
Selon Statistique Canada, la génération du baby-boom (les Canadiens âgés de 37 à 56 ans en 2001) représente actuellement près de la moitié des travailleurs. La plupart d'entre eux vont voir chuter leur revenu personnel lorsqu'ils prendront leur retraite et pourtant seul un petit nombre se préoccupe de savoir comment il supportera les coûts continus et croissants associés à la retraite.
Malgré qu'ils aient grandement besoin de conseils professionnels, les retraités n'ont pas tendance à demander des conseils financiers autant qu'ils le faisaient lorsqu'ils préparaient leur retraite. Par exemple, seulement 16 % des Canadiens de moins de 65 ans qui n'ont pas pris une retraite complète sont certains de pouvoir épargner suffisamment d'argent en prévision de cette prochaine étape. Comment les autres Canadiens (84 %) comptent-ils assurer leur subsistance?
À ces statistiques décourageantes s'ajoutent celles-ci, plus déprimantes encore, sur les maigres économies des Canadiens : la moitié des personnes interrogées par SOM possèdent moins de 25 000 $ d'économies. Au Québec, ce chiffre est encore moins élevé. Même 69 % des Canadiens qui cotisent à un REER ont moins de 50 000 $ dans leur compte de retraite.
Pénurie de main-d'œuvre
Des économistes croient que lorsque la génération du baby-boom prendra sa retraite, les entreprises vont faire face à une grave pénurie de main-d'œuvre. Malgré l'adoption de politiques visant une intensification de l'immigration, les experts croient que la situation est irréversible. Il sera difficile non seulement de préserver les programmes de retraite et de sécurité sociale actuels avec des recettes fiscales réduites mais également de trouver du personnel d'expérience pour combler les postes laissés vacants par les retraités.
La moitié des Canadiens interrogés par SOM ont conscience que des pénuries de main-d'œuvre sont à prévoir, mais cela ne les empêche pas de continuer de rêver à la retraite. Dans un article intitulé «Rethink retirement: Labour shortages loom due to flawed pension policies» (Des politiques inadéquates en matière de retraite vont entraîner des pénuries de main-d'œuvre), publié le 14 février 2003 dans le Ottawa Citizen, on pouvait lire que les employeurs ont peut-être intérêt à mettre en place des politiques qui vont encourager les employés grisonnants à demeurer au travail, par exemple en leur permettant de recevoir à tout le moins un certain montant de prestations de retraite.
Une autre solution, qui semble faire son chemin, consiste à encourager les travailleurs à réduire progressivement le temps qu'ils consacrent au travail, à mesure qu'ils avancent en âge (retraite graduelle). Selon le Ottawa Citizen, cette solution est intéressante parce qu'elle permet de préserver les recettes fiscales et de créer des emplois pour les plus jeunes. Elle permet également aux entreprises de se renouveler tout en mettant à profit l'expérience et le jugement de leurs vétérans.
Selon le sondage SOM Desjardins, les sociétés qui veulent retenir leurs employés plus âgés devraient y voir bientôt : seuls 21 % des salariés Canadiens de plus de 40 ans sont disposés à retarder la retraite. Parmi les retraités «à temps plein» interrogés, 4 % seulement envisagent sérieusement de retourner sur le marché du travail. De toute façon, la balance ne penche pas en faveur des employeurs, puisque 16 % des répondants ont indiqué qu'aucune offre, si attrayante soit-elle, ne les inciterait à retarder leur retraite.
Une nouvelle génération d'entrepreneurs
Dans un article du Financial Post intitulé «Seven of 10 resigned to working in retirement» (Sept personnes sur dix sont résignées à devoir travailler à la retraite) paru le 21 janvier 2003, l'auteur Jonathan Chevreau souligne qu'un pourcentage impressionnant (75 %) de Canadiens non retraités interrogés par Decima Research s'attendent à ce que leur revenu de retraite provienne principalement, ou en partie, d'un emploi. Cette situation contraste vivement avec celle des retraités actuels, dont seulement 23 % ont un travail rémunéré.
Les résultats du sondage SOM Desjardins appuient les conclusions de Jonathan Chevreau : un peu plus de la moitié des répondants âgés de plus de 40 ans qui prévoient prendre d'abord une retraite partielle ont l'intention de travailler 20 heures par semaine. Bien qu'ils possèdent les compétences techniques nécessaires pour réussir comme entrepreneurs, nombre d'entre eux n'ont pas le sens des affaires ni la connaissance nécessaire des systèmes. Cette nouvelle génération d'entrepreneurs aura besoin de vos conseils.
Nouveaux entrepreneurs ou non, il demeure que peu de personnes qui ont l'intention de générer un revenu au cours de leur retraite ont élaboré un plan financier avisé. C'est un peu comme si on se disait : «Ça y est, je suis à la retraite, je n'ai plus à me préoccuper de quoi que ce soit.»
Même aujourd'hui, l'ignorance est un sérieux problème. Par exemple, seul un faible nombre de retraités sait que sans une planification financière adéquate, ils ne pourront assurer une protection adéquate à leurs proches lorsqu'ils ne seront plus de ce monde. D'autres retraités sont surpris d'apprendre qu'un programme d'achat d'actions ou de fonds communs de placement ne constitue pas un plan financier complet et qu'il importe de se pencher également sur les questions de succession, d'assurance et de santé.
L'ignorance n'épargne pas non plus les Canadiens qui se croient en sécurité parce qu'ils participent au régime de retraite de leur employeur. Selon les conseillers en régime de retraite Watson Wyatt, à l'échelle mondiale les caisses de retraite ont perdu 2,8 billions $ US, soit 21 % de leur valeur, depuis 1999. Comme le fait remarquer Jonathan Chevreau, cette situation a incité le magazine The Economist, généralement prudent, à déclarer que le marché à la baisse a gravement affecté les caisses de retraite de nombreuses sociétés, ce qui risque d'avoir une incidence sérieuse sur les cours des actions pour les années à venir.
Selon le sondage effectué par Desjardins Sécurité financière, trop peu de Canadiens modifient leur régime de retraite pour tenir compte de la baisse des rendements de leurs placements. En outre, les régimes de retraite à cotisations déterminées et les REER collectifs ne précisent pas combien d'argent recevront les employés lorsqu'ils prendront leur retraite. Cela signifie que ces employés doivent effectuer une planification financière et choisir comment investir leur argent. Les employeurs les aident très peu à cet égard.
De trop nombreux Canadiens risquent de perdre leurs précieuses économies parce qu'ils ne comprennent pas les conséquences de leurs décisions financières. Étant donné la vaste gamme et la complexité des options en matière de retraite et le peu d'information disponible, ils vont continuer à faire des erreurs coûteuses qu'ils risquent de regretter.
Pas d'avantages sociaux
Comme leurs parents vivent plus longtemps, la plupart des baby-boomers s'attendent à devoir régler des factures importantes pour des soins de santé à long terme, d'abord pour leurs parents, puis pour eux-mêmes et leur conjoint. À l'encontre des salariés, peu de retraités et de nouveaux entrepreneurs bénéficient d'avantages sociaux qui leur permettent d'assumer ces coûts.
Par exemple, le sondage SOM-Desjardins a confirmé que seulement 52 % des retraités possèdent une assurance vie (ce pourcentage est plus élevé au Québec); la moitié des répondants ou un quart des retraités a une assurance invalidité. Que se passera-t-il si, après avoir pris leur retraite, ils sont atteints d'une maladie incapacitante?
La question se pose d'autant plus que le gouvernement va modifier le système de soins de santé. Faute de posséder une assurance adéquate, ils risquent de se retrouver à la charge de l'État, qui ne fournira que des soins gratuits à long terme limités, et seulement aux plus pauvres.
Je pense que chaque Canadien doit songer à économiser, comme on le fait pour la retraite, en vue de pouvoir s'offrir les soins de santé nécessaires.
Pauvreté chez les retraités
La plupart des Canadiens ont des enfants et des versements à effectuer à l'égard d'un emprunt hypothécaire et d'un prêt-auto. Même avec un salaire de 55 000 $ à 60 000 $, ils arrivent parfois tout juste à joindre les deux bouts. Grâce aux progrès en santé, nous vivons plus longtemps, tout comme nos parents d'ailleurs et les générations qui nous suivent, ce qui accentue le besoin d'argent. En principe, nous ne devrions plus avoir de dette lorsque nous amorçons la retraite, mais c'est dans bien des cas impossible.
Les recherches indiquent que les baby-boomers qui prendront leur retraite vont voir leur revenu diminuer du quart. Nombreux sont les retraités qui auront de la difficulté à combler ce manque à gagner, soit parce qu'ils font partie de ces nouveaux entrepreneurs, parce qu'ils n'ont aucun talent négociable ou parce qu'ils ont peu d'économies. Comme il y aura plus de demandeurs de services et moins de contribuables pour les financer, on peut raisonnablement s'attendre à une détérioration de la qualité des soins de santé couverts par le gouvernement.
Selon une recherche que j'ai moi-même effectuée, la pension dans une résidence de qualité pour personnes âgées coûte entre 3 000 $ et 5 000 $ par mois. Les centres hospitaliers de longue durée gérés par l'État demandent environ 1 600 $ par mois pour une chambre pour deux personnes, et 2 100 $ par mois pour une chambre privée. Les prestations du RPC et de la Sécurité de la vieillesse ensemble ne couvrent pas le coût d'une chambre privée. Peut-être aurez-vous votre premier «coloc» à 75 ans!
Une nouvelle vie
Si la principale question qui se pose aux retraités concerne la diminution du revenu personnel, la nécessité de devoir s'adapter à un nouveau rythme de vie peut être également un problème pour certains. De nombreuses personnes abordent cette nouvelle étape sans avoir réfléchi à ce qu'elles souhaitent faire : travailler à temps partiel, s'adonner à leur passe-temps préféré, faire du bénévolat, voyager plus souvent… Pourtant, ce genre de décisions a des conséquences non seulement sur la qualité mais également sur le coût de la retraite et sur la question de savoir si on a les moyens de s'offrir le mode de vie souhaité.
Il n'y a pas si longtemps, planifier pour la retraite signifiait investir dans des obligations d'épargne du Canada et encaisser les chèques de prestations du RPC. Aujourd'hui, de trop nombreux Canadiens n'arrivent même pas à économiser le montant de la cotisation qu'ils sont autorisés à verser dans un régime d'épargne-retraite.
Les baby-boomers avancent en âge et il y aura bientôt beaucoup plus de personnes âgées et retraitées. Grâce aux progrès réalisés en santé, nous vivons plus longtemps et il nous faudra donc plus d'argent pour prendre soin de nous-mêmes.
Qu'ils le veuillent ou non, les Canadiens vont sans doute devoir subvenir eux-mêmes à leurs besoins futurs en économisant davantage ou en retardant la retraite.
Lorsque les Canadiens considéreront que la planification financière est un processus continu, plutôt qu'une démarche ponctuelle, ils adopteront alors à l'égard de l'argent une attitude qui leur profitera à toutes les étapes de leur vie. Les CA peuvent leur offrir des conseils précieux à cet égard. Malheureusement, trop peu de Canadiens y ont recours.
Ironiquement, il est possible que les professionnels des services financiers aient eux-mêmes contribué sans le vouloir à ce problème. Parce que nombre de praticiens n'acceptent que des clients qui ont une valeur nette élevée, la majorité des Canadiens sont forcés de s'en remettre aux conseils de personnes qui s'y connaissent en actions et en fonds communs de placement, mais qui sont très peu versées en planification financière et personnelle.
En outre, seulement 2 % des Canadiens gagnent plus de 100 000 $ par année. Le revenu moyen d'une famille de quatre personnes est d'environ 60 000 $. En s'intéressant uniquement aux clients dont la valeur nette est élevée, les professionnels des services financiers négligent effectivement une importante clientèle éventuelle et ils doivent se livrer une concurrence féroce pour une minuscule part d'un marché beaucoup plus grand. Cette attitude mérite réflexion!
À mon sens, cette attitude a des conséquences néfastes pour de nombreux Canadiens; la communauté financière devrait ajuster le tir avant que la pauvreté chez les retraités ne devienne aussi problématique que la pauvreté infantile.
Encadré
Le sondage SOM – Desjardins a permis de recueillir d'autres renseignements intéressants sur la planification socio-démographique et financière au Canada :
- Très peu de salariés de plus de 40 ans (1 %) ont reçu de leur employeur des offres de nature à les inciter à revoir leurs plans pour la retraite.
- Seulement 40 % des travailleurs de 40 ans et plus ont reçu de leur employeur des conseil sur la planification de la retraite. Ces conseils sont essentiellement fournis dans le cadre de séminaires, dans des publications ou lors d'une rencontre avec un planificateur financier.
- Les employeurs qui offrent un soutien en matière de planification de la retraite sont plus nombreux dans les provinces de l'Atlantique (61 %) qu'en Colombie-Britannique (20 %).
Taylor Train est vice-président, Marketing, chez Desjardins Sécurité financière. La société se spécialise dans l'assurance de personnes, y compris les produits d'épargne pour la retraite. Desjardins Sécurité financière est le sixième assureur de personnes en importance sur le marché. On peut joindre Taylor Train à l'adresse suivante : ttrain@djfsc.com